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RÉFLEXIONS
Sur une Lettre de MAZÈRES^
ex -Côlon français, adressée à
M. J.C L. SISMONDE DE
SISMONDI,
Su R les Noirs et les Blancs ^
la Civilisation de l'Afrique ^ le
^ oyamne d'Hayti ^ etc.
L'Orgueil est la cause des Erreurs de THoiimië
e.t de sa. Misère,
Pope , Essai sur THomme»
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r le Baron de Vastjst.
AU CAP^HENRT
Chez P. R o U x , imprimeur du Rùl
■"M^mmvti^nKS^miv»
Mars 18*6, l'An i3'"^'-
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RÉFL
Sur une Lettre de M A Z E R E S ^
ex-Colon français, adressée à M* J. C. L*
SISMONDE DE SîSMONDIj
Sur les Noîrs et les Blancs ^ la Civîlîsatloa
de FAfrique j le Royaume d'Hayti^ etc.
mmœamissmm
E ne connaissais du nom de Mazères qu'une
liabitalion sucrerie , située dans la riche et floris-
sante plaine du Quartier-Morin ; les crimes et les
cruautés de tous genres qu'il avait commis , oii
ses parens , sur les infortunes noirs dans l'affreux
l'ëgime colonial , le don de la via que l'infortuné
Ogé lui avait fait , loi'squ'il était à son pouvoir de
rimmoler à la vengeance de nos frères qu'il avait
fait périr dans les t®ituieâ.j s'était sous ces difféf
f\
( 2 )
éms rapports qne ce Dom abhorré était connu î
Hajti: j'avais (out lieu de penser qu? semblable à
la majeure padie de sa casle avilie , il ti-aînaii dans
l'exil, sur un€ terre éUangèie, sa misërabl©
existence ; mais sa lettre adressée à M. Sismonde
de Sismondi vient de me désabuser et m'apprendre
que ce Mazères qui a déshonore rhumanilé par
ses crimes , vît encore , que l'excès des maux que
les ex>colons ont éprouve , loin de les corriger e£
jde ks ramener à des sentimens plus justes et plus
îiimiains, n'avait fait qu'augmenter leur rage;
et qu'ils brûlent encore plus que jamais du désic
de pouvoir torturer à leur gré une grande parti©
du genre humain !
Tourmen-és par la soifintarrissable desricbess?s ,
suscités par un esprit de malédiction , que d'absur-
dités , de divagations , de calomnies et d'assertions
mensongères , ces apôfres de satan n'ont pas
inventées pour légitimer la traite et les horreurs d©
l'esclavage î Que de blasphèmes î que d'infamies
n'ont-ils pas osé imprimer pour ravaler et dégrader
l'espèce humaine î les uns nous refusent le nom
dhonDme, nous asM'mi'ent et nous rangent dans
la même esyèr,e rjiK- les orang-outangs i d'auires
poussenl la (iémoiaiisaiion jusqu'au dernier degré,
disent qu'i' faut nous tAterminer jusqu'aux enfans
ds Tâ^e de six. ans , pour remplacer notre popu-^
f 3 )
hihn par d'ancres infortunes arraches i^n sein âe
leur terre natale ! Exterminer fout «n peuple ,
grand Dieu î parce qu'il ne veut pas reprendre les
chaînes de resclavage ! Parce qu'il veut }ouir des
droits qu'il tient de Dieu , de la nature et de h
justice î Ces hommes abominables n'ont pas craint
de fouler ainsi à leurs pieds les lois divines e£
humaines, de braver l'opinion gëne'rale de leurs
contemporains , le jugement de la postérité qui
îes condamnent à i'exëcratîon et à on opprobre
ëternel : c'est dans le ï 9^ siècle qu© des hommes
éclaires des lumières du chrislianisme ont osé
poser en principe rexlermination totale d'une
nation I Eh ! la voix universelle de leurs compa-
triotes ne s'est point ëieve'e pour im[)oser silence
à ces impies I Que la France civilisée se vanté
donc maintenant de ses lamières ; eï lorsque U
Toix d'un homme de bien se fait eniesidre pour
pré^'énir un grand Tnallieur et. T accomplisse^
m.ent d'un grand crime , un Mazères , un ex-
colon , encore tout souille de notre sang, os©
însuker au vertueux et gc^néfpux Sismonde de
Sîsmondi î Parce qu'il a une certaine facililé
de coucher sur le papier ses idées ^xtrnva--
-ganîes et^superfi(;i>lles ,. ce pédant de Mazères
^'est permis de vociférer des i?ijures etdt s calnm-
îiies les plus atroces coiUre les africains et les
feaviiens kars dêscendaos. *■
i !
( 4 )
. La pliitne savante de M. Sismonde de Sismondr
n'a ceitainernent pas besoin du secours de ia
mienne pour rëfater les absurdités de Mazères,
mais étant parîie inlëressëe , je ne dois pas rester
speclateor Iranquilîe de la discussion; je dois
faire lous mes efforts pour aider nos dcTenseurs
dans la grande cause qu'ils ont embrassée; je me
dois tout entier à la défense de mes semblabies, et
si comme le dit Mazères^ Acchimède ne deman-
dait qu'on point d'appoi pour.souiever îe moîide
physique , j'espère quTIajii sera le point d'appui
où les phiîantropes pourront poser le levier puis-
sant qui doit soulever le monde moral , contre les
«nnemis du genre humain ; j'espère, dis je , quQ
ces mortels vertueux , pour prix de leurs veilles et.
de leurs travaux trouveront dans la gratitude et îçi
reconnaissance des hayfiens un {JédomTnagemenù
.assuré contre T Injustice des hoimnes. Ah ! si
©es hommes généreux et bienfaisans , persécutes
parmi leurs semblables , venaient à manquec
d'asile, qu'ils viennent donc au milieu de nous, ih
trouveroîit aupiès d'un souverain libéral , grand
et magîianime, chez un peuple bon et reconnais-
sant, la récompense due à la vertu malheureuse !
Il n'est point inutile que je prévienne meslecteurs,
que je n'ai jamais fait une élude particulière de la
iciîigue française, ils çxcusei'QiU les fautes d'éiocu-
( s )
lion et de liitéVature qui doivent iiécessairemenî
fourniillerdans les ouvrages d'un insulaire, qui n'a
jamais eu d'autres maîîies que ses livres , d'autres
stimulans que la haine des tyrans ; Mazères pourra
donc se réjouir de trouver dans mes écrits quelques
preuves d'inférioritë moraleWaus des expressions
i?npropres , dures , hlzarres , prétentlemes , etce
que m'importe pourvu qu'il m'entende , pourvu
que par les simples doniiés du bon sens , je lui
prouve c[u'il n est qu'un extravagant , qu'un fat
ur.i , aya^^t toutes les prétendons au bel espiit- s n'a
cependant pas même le sens commun.
Je vais relever, je ne dirai pas ses erieurSj cae
il est trop méchant pour en avoir , mais sa turpi-
tude et son insigne mauvaise loi; je vais user diî
juste droit de représailles pour terrasser cet ennemi
odieux ; et si j'éprouve dans ce moment un vif
regret , c'est d'être réduit à me servir de la plume
pour redresser ses outrages sangians , et de ne
pouvoir paj me servir d'autres argumens qui le con-
vaincraient encore mieux que des paroles , que notre
espèce n'est pas inférieure à la sienne.
Le système de nos détracteurs, étant de vouloît!
matérialiser l'homme noir, par la diversité primi-
tive des races humaines , démentir le récit de la
création , et dans rinférioriîé supposée de notre
( 5 ^
espèce , se faire xm litre pour nous fraiser comme
les plus vils animaux; je ne répondrai donc
pas seulement à Mazères, mais à toute la carte
des ex-coions Françaîs ; je vais commencer par
débarrasser mon champ , des ordures que nos
ennemis y jettent pour oÎ3scurcir la vérité; je vais
remonter à la source des choses, rétablir les
faits, les appujer parles autorités les plus respec-
tables ; Je vais combattre toutes leurs objections ;
j'espère que je ne manquerai pas de preuves
et d'arguraens victorieux pour renverser leurs
sophismes et leurs absurdités. Mais avant d'entrei^
fn raaîiè.-e, je vais transcrire l'espèce de profes-
èion 'de foi de Mazères,
« Considérez soos le rapport matériel [dit-Il}
f^ le nègre diffère bien évidemment du blanc.
>> N'en différa -t-il que par les cheveux et par h
M peau, la différence serait déjà très-grande ;
» il ne faut que des jeux pour s'en convaincre,
p Avec les mêmes sens, avec les marnes or-
>f ganes, et une configuration à peu pressera-
î» blable , ses traits, examinés en détail , offrent
» pourtant des différences esseniialles. Une ficrure
n sans expression , des formes sans grâces et sans
» harmonie, des mains décharnées et calleuses',
^> un œil parsemé de fîlamens sanguins qui 14
( 7 )
lf> donnent une feinte rosëe ; voilà , ce me senabley
w dans le nègre , des traits évidemment distincts
f> et qui semblent caraclëriser en lui , une espèce
» pai'liculière ; il y a , si on le veut , entre les
^> deux espèces une grande affinité ; mais il n'y
» a bien ceiiainement pas d'identité , je vous
W défie de le nier >^.
Je le nie affirmativement , et Je vais prouve^
par des autotirés irrécusables, Funité du type piî*
mitif de la race humaine.
Pour démontrer son assertion impie , Mazères
tombe de suite dans des divagations qui lui s^nt
suggérées par ses passions et par le mépris qu'il a
pour l'espèce humaine ; il commence suivant son
système absurde par faire de l'homme noir un©
espèce distincte de l'homme blanc ; pour asseoir
sou opinion , il ose comparer l'homme aux ânes et
aux chevaux et veut le juger par analogie avec les
bêtes ; et tout cala pour prouver que les noirs sont
inférieurs aux blancs î Que MazèrSs et les ex-
colons se dénigrent s'ils le veulent ; qu'ils se com-
parent et se jugent par analogie avec les ânes et les
chevaux, je ne les en empêche pas! Je soutiens»
pour moi et mes semblables , que l'homme la
plus belle œuvre do créateur , doué de rinfelli-
gence ëteriielle , foimé à son image et resseiii^
humnQ^ riioaiuis créé pour rég^aei' sur toute la
■Si;^'^
t 8 )
tore et sur tous les animaux, forme une espèce
particulière, distincte, unique, et qu'il ne peu'c
être compare , ni jugé par analogie avec les ânes
et les chevaux,
Mazères et les ex colons ne peuvent apporter
à l'appui de leur opinion aucune version , auto-
rité , ni témoignage quelconques ; voici mes
preuves , qu'ils les récusent s'ils oâent :
« Dieu dit faisons l'homme à notre image y
selon notre ressemblance , et qu'il domine sur
les poissons de la mer , sur les oiseaux des
deux , sur les animaux domestiques et sur
êoute la terre , et sur tout reptile qui rampe
€ur la terre fij >>.
Mais comme ce qui est autorité pour la géné-
ralité des humains , ne l'est sans doute pas pour les
©x-colons , il leur fout donc d'autres preuves puisées
dans d'autres sources que dans les livres sacrés.
Ecoutez un auteur célèbre :
4< Il y 3 dans la nature , dit M, de Buffon ]
un prototype général dars chaque espèce , sur
lequel chaque individu est modelé , mais qui
semble en se réalisant s'altérer ou se perfectionner
par les circonstances ; en sorte que relativement à
gw^ww»» M ,e,iii»F.iii II «tn'i» 1.141,41 1 1 >]ul.ii
(i) La Genèse»
de
( 9 )
de certaines qualîiës , il j a une variation hiËtivià
en apparence dans la succession des individus, en
même temps une constance admirable dans toute
Tespèce; le premier animal, ie premier cheval ^
par exemple, a été ie modèle exîëneor ou le moule
intérieur sur lequel tous les chevaux qui sont né%
tous ceux qui exislenî et tous ceux qui naîtront ^
ont été formés ; mais ce modèle a pu s'altërer et
se perfectionner en communiquant sa forme et se
.moiiiphant L'empreinte originaire subsista
en son entier dans chaque individu ; mais que d@
nuances différentes dans les divers individus^
tant dans l'espèce humaine que dans celle de
tous les végétaux , de tous les êîres en un mot qui
se reproduisent !
Or, si M. de Buffon reconnaît à chaque indî*
vidu un prototype, à qui il appartient originaire»
ment , comment peut-il exister des espèces diffë-
rendes d'hommes , d'ânes et de chevaux ? Ce
fait pose , tout réchafaudags de Mazères , sesso«
phismes, ses absurdités (ombent d'eux-mêœes|
qu'il compare au physique et au moral rf^fiîcaia
à l'européen , à rasialique , à l'américain, ses
frères; le hottenîoî au laponais , le calmoi^k à
i eskimaux , rien de mieux ; qu'il compare les
animaux j les vëgëiaux , los îninëraux de l'A*
m
iii'ii!
r 10 >
fi-îque aux suires productions da globe , à la
bonne heure; mais lorsqu'i! voudra juger l'homme
intelligent par analogie avecla buule , il se cou*
vrira du dernier ridicule, et il ne devrait pas
rougir , maïs mourir de honte , si son âme gan-
-grenée en élait susceptible.
Je vais donner à mes lecteurs une jufle idée de
la bonne foi de Mazères et des ex-colons ; ils
pourront juger quels fondsmens l'on doit faire
$m les assertions de ces hommes pervers.
<'i Plus on considère la nature dans ses proce'dës,
f> ( dit Mazères } plus on retrouve dans ses œuvres
» ces harmonies et ces consonnances , sui* les-
» quelles Bernardin de Saiat^Pierre a fait un livre
» charmant ; ainsi quand les faits ne prouve-
» raient pas que les formes exte'rieures des nègres
» correspondent avec leur intelligence on pourrait
^> peut-être l'affirmer par analogie ».
Lorsque Ton enîend citer ainsi M. Bernardin de
Saint-Pierre , tout le monde ne croiraît-i! pas que
cet homme vertueux , dans son livre cliarniant^
a confirmé l'opinion stupide et méchante dô
Mazères ?
EcQUt^^ malatenant le savant et ge'néreux
X 1^ 5
Bernardîn de Saînî-Pieiie , et vous allez joge^
comme. Mazères sait citer juste et à propos:
« Tandis que des philosophes donnent à toutes
» les espèces de chiens une oiigine commune^
» d'auires en attribuent de différentes aux
» hommes. lis fondent leur système sur !a variéië
» des railles et des couleurs dans l'espèce ho-
» maine ; mais ni la couleur, ni la grandeur ne
» sont desi caractères au jugement de tous les na(u*
» ra listes. Selon eux , la première n'est qu'un acci'*
» dent ; la seconde n'est qu'un grand développe-
» ment de formes,. La différence des espèces
» vient de la différence des praporiîons : or, elle
» caractérise celles des chiens. Les proportions de
» l'homme ne varient nuile part; sa couleur noire
^y enU'e les tropiques , est un simple effet de la
» chaleur du soleil, qui le rembrunit à mesure
H qu'il s'approche de la ligne. Elle est comms;
» nous le verrons un bienfait de la nature [i] ».
Mazères aura beau se creuser la iêïe .pour
^'approcher Thomme de la bête, pour prouver que
ΣS noirs n'ont pas élé traités par la nafure aussi
favorablement que les blancs , il ne | ersuadera
que les ex-colons comme lui , (|ui sont intéressés
.|i]: Etudedeiai^^aîiirej tome i «-page SS*
!?'■
( 12 )
â créer des préjuges absurdes ^ pour soutenir leuc
affreux système, la traite etTesciavage î
Certes, la nature n'a pas fait pour les noirs une
exception à ses lois éternelles ; toujours constante
dans ses bienfait5"ï elle ne lésa pas violées à notre
égard, elle nous a traités avec la même faveur
que les blancs I
ce L'homme ( dii M. Bernardin de Saint-Pierre )
par toute la terre est au centre de toutes les gran-
deurs , de tous les mouvemens et de toutes les
harmonies; sa taille , ses membres et ses organes
ont des pi-o^xDrtions si justes avec tous les ouvrages
de la nature , qu'elle les a rendus invariables
comme leur ensemble ; il fait , à lui seul , un
genre qui n a nî classe, ni espèce, et qui a mérité
par excellence le nom de genre humain 35,
Mais pourquoi chercherai-je à accumuler des
faits sur une question déjà décidée depuis long'
temps ; s'il fallait citer et rapporter ici le témoi-
gnage de tous les européens vertueux qui ont
résisté et bravé toutes les injures des ex-colons ,
des marchands et traficjoans de chair humaine ,
pour prouver notre identité avec les blancs , je
deviendrais prolixe. Qui doute aujourd'hui ,
excepté les ex-colons • que les hommes sont tous
frères et qu'ils se r'attachent par leur origine à la
"lapiême famille ? Toutes les absurdités que Mazères
( ï3 )
et les ex-coîons oui: imprimées contre le genre
humain , ont ëlë déjà fëruiëes pau les hommes les
plus célèbres. Des soaverains magnanimes , des
nations eniières de rEurope ont rendu hommage
à Dieu et au genre humain , en brisant les fers des
africains ! JLa cause de l'homme a ëtë défendue
par les immortels philantropes européens avec
autant de zèle, de conslance » d'ardeur et de
talens , que les noirs auraient pu le faire eux-
mêmes s ils avaient eu les mêmes avantages ! Si ]&
me suis déterminé à écrire , ce n'est pas précisé-
ment pour réfuter les sophi&mes des ennemis de
riiumanité , qui ont été combalîus déjà victorieuse-
ment par nos illustres protecteurs; mais par un
sentiment de reconnaissance et de graliiude , j'ai
voulu , par mes faibles travaux , appuyer les asser-
tions de nos amis , excité en outre , par une juste
indignation. Défenseur de ma propre cause et
de celle de mes semblables , je n'ai pu résister au
désir de trancher le nœud Gordien , en prouvant
aux ex-coîons, moralement et physiquement , pae
la plume et par Tëpëe , que nous ne sommes pas
inférieurs à ieur espèce.
Je reviens à Mazères.
<c Les colons [dit -il ] en réclamant pour les
européens l'évidente préférence que leur accorde
la nature sm: les nègres , ne ïefuseat pas à ceux-ci
' il
m
m
Mi
( T4 )
4e nom crhomms , eic >?. Qielle impudence de te
pari des ^x-colons, de lëclâmer pour les européens
une préférence qu'ils ne j éciament que pour eux-
mêmes î Dv3 qui donc Màzèresa t-il reçu l'apos-
tolat, pour se rendre l'organe de 270 uiillioîts
d'européens , d'ur.e poignée d'ex-colons fléiris
dans l'opinlun , par les crimes dont ils se sont
couverts ? Quelle extravagance d'oser léclanier
line préréreiice absurde , une impie ëî et ils disent
encore qu'ils sont malheureux 5 mais qu'ils ne
sont pas en démence ! A-t-on jamais vu , je le
demande , des preuves de folle et de démenés
plus caractéristiques ([ue leurs prétention s ridicules?
Gomment peuvent-ils soutenir une ihèse aussi
extravagante, qu'elle est absurde ? J. J. Rousseau
avait raison de dire, quand rhcmme commerice
à raisonner, il cesse de sentir: Mazères nous
démontre la vériié de cel axiome par tout soîi
Veibiage !
Ex -colons, êlres orgueilleux et dénaturés >
l'Europe entière vous désavoue , et: cinq cent
millions dliouimes noirs , jaunes et basanés 9
répandus sur la surface du globe , réveiidiquont
les droits et les privilèges qu'ils ont reçus de
l'auteur de la nature î
Je découvre tant d'absurdités , de méchan-
celés et d'dbjeclions dans récrit, de Mazères ^
■r i5 >
f{ne je suis vingt fois tenié de Jeter la plume et
d'abandonner son fratras au prolond mëpris qu'il
m'inspire. Je me sens humilié, je suis homme,
je le sens dans tout mon être , je possède des
facultés, j*ai la pensée, la raison, la force , j'aî
tout le sentiment de ma sublime existence, et je
me vois obligé de réfuter des puérilités , d'ab--
surdes sophismês , pour prouver à des hommes
comme moi , que je suis leur semblable 1 Mon
âme indignée de cet excès de déraison et de
méchanceté « me force de douter è mon tour,
s'ils sont hommes , ceux qui ont osé mettre en
discussion une question aussi impie, aussi im-
morale , qu'elle est absurde î c* Mais , ait
K» Macères, si les castors sont plus intelligens qn&
55 les ânes , s'il y a des races de chiens différentes
» en intelligences , il doit nécessairement y avoir
yy des espèces d'hommes inféneurs aux autres ».
Eh non imbécile ! répond J. J, Rousseau , cet
argument tiré de l'exemple des bôîes ne conclut
point et n'est pas vrai. L'homme n'est point ucï
chien ni un âne. Il ne faut qu'établir dans son esprit
les premiers rapports de la société pour donner à
sessentimens une moralité toujours inconnue aux
bêtes. Les animaux ont un cœur et des passions ;
mais la sainte image de l'honnête et du beaa
Ventra jamais que dans le cœur de rhommej
f î6 }
ç'^est donc une grande absurdité que de voaloie
juger riiomme par analogie avec les bêtes.
. Certainement , il peut y avoir des castors qui
ont un peu plus d'instinct que d'autres castors ;
des ânes et des chiens qui soient on peu meilleurs
les uns que les autres ; il j a également de beaux
hommes , il y en a aussi de contrefaits ; il y a des
hommes d'an génie supérieur , il y en a aussi de
sols et méchans ; par exemple, Mazères se croit-il
i'ëgal de M. de Buffon en talens et en lumières ?
Se croit-i! un Achille? tandis qu'il n'est qu'un
fat rempli d'orgueil et de vanité, lâche comme
Tbersite î Je le répète , que Mazères se compare
et se juge s'il veut, par analogie, avec les ânes et
^îes chiens , je ne l'en empêche pas ; il peut exister
entre lui et ces quadrupèdes quelques analogies |
les chiens, par exemple, ont été les auxiliaires
des ex - colons , qui les ont aidé à détruire et à
dévorer les noirs ; ils peuvent donc très - bien
sympadiiser ensemble ; mais je soutiens (jue
J'homme intelligent , espèce unique, ne peut être
comparée et jugée qu'avec l'homme son sem-
blable , et les animaux avec les individus de leur
espèc^t
aprsa
{ 17 )
« D'après le système absurde de Ma:gères et des
ex*coIons j les parisiens [comme îe dit fort bien M»
Sismonde de Sismondi ] parce qu'ils seraient plus
ëciairés que les paysans de la Vendée , se croi-
raîent d'une espèce particulière et supérieure à
celle de ces malheureux » ; mais ce que Mazères
et les ex-colons ne pourront jamais comprendre »
c'est que le plus brut des liottentors est l'égal d©
M. de Baffon aux jeux de la suprême et éter-
laelle iatelîigence î
Mazères dit , I animal qui a âe h elle forme]
dont la tète s élève vers le ciel , a ordinaire'»
ment des inclinations plus généreuses , plus^
de force et plus d'intelligence ; eh î bien ,
qu'est-ce que cela prouve ? qu'un cheval d'une
belle taille, bien proportionné , devrait être sup-
posé meilleur qu\in autre qui aurait de moins
Ijeiie forme ; c'est une règle générale , mais l'ex-
péiience démontre qu'elle n'est pas toujours
exacte, cr-Ci il y a des chevaux petits, et d'autres
qui sans êtto beaux, sont cependant excellens.
Adaptez encore, si vous le voulez, cette loi des
harmonies et des consonnances à l'homme , il
s'ensuivrait aussi que le génie devrait être essen-
tiellement Fapanage des beaux hommes ; i'expé-
riencâ vient encore détruire celte règle des .bas»
( i8 î
Ironies etdesconsonnances, car lesbommpsîel
plus laids, ont toujours été les plus spiriruels.
Esope le [ïhiygîen, avec ses difformités, avait
une belle âme ! Je veux bien que cette loi rècrtie
dans Ja poësie comme dans la ppînture ; iî fauÊ
aux arts de beaux modèles ; cela ne prouve rien
contre les noirs , ni contre If s blancs , ni contre
îes chevaux , qui ont également des formes et des
proportions plus ou moins belles. Que Virgils
ait dit admirablement pour caractëriier une divi-
nité ^A K^era incessii patuiù dea » à son marché ,
elle parut une vraie déesse- D accord, cela ne
prouve rien encore contre les noirs. Que le peuple
dit , pour caractériser un fripn , il a une mine
patibulaire. Je suis assfz de cet avis , et s'il est
vrai qu'il y a toujours dans notre extérieur quel-
que chose dliarmoniqiie avec nos facultés inîel-
îecruellss , avec nos ir.clinalions et nos pt nchans,
avec nos vices et nos vertus; quel homme doit
avoir un |)hjsiqiie plus hideux que ce Mazères ?
Mais ce n'es; pas, ce me semble, ç 3 qri'ii a voulu
prouver par ses sophisraes absurdes , c'est la supé-
riori;é cie la couleur blanche sur la noire qu'il a
voulu demonirtr;' il aurait dû donc commencée
|,\-3rë]ab!u- iasupëiiurité des chevaux blancs sur les
cheval x r.oirs , des chiens blancs sur le chiens
rioi.s , et ensuite de riiomais blanc sur Hiomnie
C ^9 )
lioir ; cetfe marche aurait ëîé plus naturelle, et il
aurait monîrë un peu plus de bonne foi; mais en
revanche, que cretiibarras , que d'obstacles n'au-
raiî-il pas rencontiés? Par exemple, le savant
professeur de Gottingue remarque qa*en Guinée ,
non-seulement les hommes , mais les chiens , les
oiseaux , et suiiout les galiinacëes , soni ooiis *
tandis que Tours et d'autres animaux sont blancs
vers les mers Glaciales, La cooieui- noire ëtont ,
selon Knighr, Tattribut de la race primitive dai>s
tous les animaux, il penche à croire que le nègre
est le ijpe original de l'espèce humaine [ i ],
Hunter soutient que quand la race d'un artimai
blanchit c'est une preuve de dëgénëralion. Suffoa
veut que les chevaux aux extrémités blanches
soient bannis des haras ; mais cerîainemenl tout
cela ne prouve pas que dans l'esièce humaine
la variété blanche soit dëgënëree.
UAfiique produit aussi des animaux bien plus
formidables crue FEurope ; Ton ne pouî rait pas
îKême trouver aucun degré de comparaison.. Qael
animal pourrait être cumi^aré au lion et au aus
royal de la ^one-torride ? seraient-ce l'ours blanc
et !e loup de la zone glaciale ? Mazèresqui aime à
juger les hommes par analogie avec les chevaux,
«êux de FEurope peuvent-ils soutenir le parallél®
j^a] littérature tleslîît grès ; page 16,..
iJI^
( 2© )
avec ceux de l'AFriqua ? Ecoutez M. Bruce dans
son voyage de la NnLîe.
« C'est à rialfaïa et à Agerri , dit-il , qu'on
commence à trouver ceJJe nobie race de chevaux,
si justement célèbre par toute la terre. Ils semblent
être d'une espèce tout à- fait différente des chevaux
arabes qu'on voit dans les plaines de TArabie
Ddserte. Si la beauté , la régularité parfaite des
'mes , îa grandeur , la force , ragiîilë , la sou-
esse des mou ve me os , la facilité à supporter ia
fatigue , ia docilité et rattachement à son maître
doivent constiiués le mérite d'un cheval, le nubien
est sans compaiaibon celui qui l'emporte sur tous
les autres. Le plus beau que j'ai vu , dît-ii , était
celui que montait le Sheik Adelan ; le cheval
n'avait pas tout- à-fait quatre ans , et il avait seize
paumes de haut : ce cheval était accoutumé à
s'agenouiller pour laisser monter son maître ,
comme pour le laisser descendre tout armé 3?,
Les ex-colons disent que nous sommes infé-
rieurs aux blancs , parce que nous avons, suivant
eux , des traits moins purs , la peau noire et les
cheveux crépus. Je répondrais à nos détracteurs
que ie même préjugé régne parmi les noirs à
regard des bîancs , ils se croyenl plus beau , et
favorisés plus paniculièrement par la nature .
cette croyance se fortifie par les exemples fré-
qiTens qu'ils onl: iscus les yta^:. Des eoropéeiïâ-'
anivans scii3 lei, Iropiques , brillans de foixe et de
sente avec le S:ciiit vsL-Liieil , au bocî cie deux oa
trois mois de résidence, tombent dans uu éiat
Gf freux; cette peau blanche qai lesa^i lenr orgaeil
devient blême, sale, banolee, learsyeux blanchâ-
tres et consternes ne peuvent sonienir les rayons
du soleil ; le corpus dechariié , est san^ vigueais ses
facultés phjsiquej et morales anéaru'eà ; Thomme
blanc n est plus à leurs yeux qu on spectre aoibu"
îant , disgracie pai' la nature, qai ne peut même
suD'ûortei' i'infiuencs dà leui catiial,m habiter ioUi:
r %
heureuse contrée.
€c Tout ceux qui ont voulu déshériter les nègres,
dit le vertueux Grégoire, ont appelle Tanatomis
à leurs secours , et sur la disparité des couleurs se
sont portées leurs premières observations «; mais
s'il est prouvé que la couleur noire se trouva
entre les tropiques , et que ses nuances s'étendent
progressivement suivant les différens degrés de
température , s'il est prouvé que le blanc ne peut
pas supporter la chaleur de la zone toriide , €]ue
le noir ne peut supporter le froid de la zone
glaciale ; quel avantage donc ii y auiait-il d'êtr©
noir, jaune ou blanc?
et Les femmes de la Nubie^ dit Bmce, en voj£,n&
< >m
( 2t )
îa blancheur de ma peau , firent \m crî dTior*
reur, et seniblèrenl la considërer plutôt com me
Veffst d'une maladie , que comme une couleur
ïiaîiirelle 5>, Dauîres feiiimt^s se moquèient de
Bruce , sur son nez long et poinîu. Chaque peuple
a ses préjuges ; nous rrouvcns la couleur noire
plus belle que la blanche; nos peinfi-es h-jât-ns
peignent la diviniië, les ancres en noiis, les maa-
vais génies et les diables en blanc. Quant à la
beaulé, elle consisîa dans de belles formes et dans
la régularité des traits ; et sous ce rapport , nous
nous ci^o^ons aussi éminemment favorisés c^ue les
blancs , leurs propres témoignages étant ici de
quelques poids , je vais en rapporter plusieurs,
Bosman vante Ja beauté des négresses de
Jiiïda ; Ledyard et Lucas celle des nègres Jalofes;
lobo celle des abyssins ; « ceux du Sénégal , dit
Andansson , sont les plus beaux hommes de la
Kigriiie ; leur laille est sans âéi^aul , et parmi eux ,
on ne trouve point d'estropiés >f. Cossigny vil à !a
Corée des négresses d'une grande beaulé , d'une
tai'k imposante , avec des traiîs à la romair-e,
iigon parle d'une négresse de Vile St- Yago ,
qui réunissait la beauté et la maîeslë à tel point ,
que jamais il n'avait rien ^ vu de comparable.
Robert Chasle , auteur du journal du voyage de
l'amical Duquesne , étend cet éloge aux négresses
( ^3, )
•t mulâtresses de toutes ks îles du Cap- Vert;
Léguât, Uîîoa et Isert rendent le même témoî*
gnage à Togard des négresses qu'ils ont vues ; I®
premier à Batavia j le second en Amëiique, et
le troisième en Guinée [i] .
Bruce, en voyant une jeune personne de îa
î^ubie , s'exprime ainsi : « je fus frappe de soa
«xtrême beauté. Tous ses vêiomens consislaieni à
une chsemise bîeue qui lui tombait jusqu'aux
pieds. Quoique cette jeune personne n'eût pas
quinze ans ^ sa taille était au - deisus d'une tailla
oïdinaire ; tous ses traits charmans auraient pu ser*
vie de modèle à un peintre. Les dames , continue
Bruce , s'aperçurent à quel point j'étais ému
de ce que je venais de voir. La Clle d'Adelan, m©
dit alors : vous av. z resté si long-temps en Âbjs-
sinie, que vous devez faire bien peu de cas des
femmes de vAthara; mais on dit cîue les femmas
de TEurope sont si blanches, que leur beauté
remporte , sur celle de toutes les autres. Je n'ai
jamais é\é moins persuadé de cette vériié qu'à pré-
sent, lui répondii Bruce ^>. Il vante aussi la beauté
des princes a Fiicains ; « Amba-Yasous, ditiU
paraissait avoir vingt - six à vingt-huit ans , il
«tait grand et parfaitement bienfait, ii avait une
[aj |-is;térâtui:.e des Nè^r
rçs j page 2(
m
( 24 )
très-belle Ggnre, qnoîqaViven de pelîts traî's, ?f seg
îjianières ëlaîent extrêmement prévenantes ; €vi
voyant ce prir^ce avec le Roi et Engedan, Je cva-
jais voir,> dit Broce, les trois plus beaux homme?,
qui eussent jamais frappe mes regards ».
4< Les joiofs , dit M'jngo Parck, sont acîîfs ,
puissc:ns et belliqueux ; leur nez est moins épâ:»^ »
le'j.rs lèvres ir.oiîis .épaisses , leur peau est tieA-
izolve ; et les blancs qui font le commerce d'es-
claves , les regardent cooime les plus besii.c
nègres de celîG pa-ûe au continent.
Les roiik-:!is ont 1^ peau d'on noir pen foncé»
!es chcve rx sojerix el les traits agréables; ils
airr},eQî la vie pasforaie et agricole, et se repar-
den! de,:vi les r^naruies v-^îsins , pour y elre ber-
^eis et hboureiH's n. En cela* il font beaocouo
mieux qise les snvoyrîrds qui se jettent en France,
pour exucer les professions méprisées de ramo-
îienr ei de dëcroieoi.
Palerson et le VaJHant découvrent dans îe
sauvage bo:!enîot, des vertus que l'on cherchô-
rait envain cbez des peuples civilisés.
i< Dans la soirée du 7 Février, dît Paterson,
rsous apperçûmep un feu sur le penchant d'une
montagne ; vers les huit heures , nous rencon-
trâmes trois calfres qui parurent singulièrement
' étonnés
étonnes à notre aspect, car nous étions certaine-
ment les premiers hommes blancs qu'ils eussent
vu , ils s'en fuirent aussitôt, et donnèrent l'alarme
au village. Cependant, quand nous y arrivâmes,
les habilans , fidèles à l'usage où iis sont d'exercée
l'hospitalité , vinrent nous ofûir du lait et un tau-
reau gras. Les cafres , dit ce même voyageur ,
ont en général cinq pieds dix pouces , à six pieds
anglais de hauteur ; ils sont bien proportionnés ,
et la manière dont ils combattent les lions et les
autres bêles féroces , prouve leur courage : ils ont
le teint aussi noir qu'un jaj, et lesdenrs blanches
comme l'ivoire , leurs yeux sont très-grands.
« Voulez- vous des autorités à l'appui de mon
» opinion sur l'inférioriié des î.ègres ? dit l'ex-
>> colon Mazères, en fhèse générale, Fontenelle
n vous dira : cfue les habitans des pays très-
?> chauds et très-froids , sont incapables des opéra^
» tions un peu relevées de l'esprit. L'abbé Dubos,
» [ dit -il ] dans ses réflexions sur la peinture
» et la poéne , vous expliquera et vous prouvera
» la vérité de cette assertion »,
Qae Mazères explique lui-même comment
se fait - il que les norw égiens , les suédois , les
ïusses , qui sont dans les psys très froids , et qù« les
D
( 26 )
îiabîfans du Sénégal , qui sont dans les pays très*
rhauds , sont de très- beaux hommes et très-capa-
bles des opérations de lesprit le plus sublime.
L'abbé Dubos ne prouve lien , il a puisé ses
preuves dans de mauvaises sources , pour un his-
forien , les poètes et les orateurs : ce n'est point,
dit Montesquieu , sur des ouvrages d'ostentation
qu'il faut fonder des systèmes ; et j'oserai me per-
mettre d'ajouter, après ce grand homme, ce
n'est point par des subtilités d'esprit et par des
|eux de mots que l'on doit juger le genre humain.
Pour justifier sa théorie de l'esclavage ,
Mazères appelle le témoignage de Montesquieu
à son sec ours , et en même temps il calomnie
Fduteur de TEsprit des Lois*
Monfesquîf u , pour avoir dit que la chaleur
énervait îe courage , n'a pas imprimé que les
nègres étaient une espèce particulière et infé-
rieure aux bîancs ; l'expérience démontre au con-*
trare que les effets des clîma ischauds influent
laitirulièrement sur les bîanc<! , qui éprouvent
cet abattement de force et d'esprii , dont parle
Mohiesquieu , tandis que les noiis sous la zone
torride , dans leur climat natal, sont fiers et rera-
y ïi> de courage , ce qui est contraire au jugement
cit MuiUesquieu ; mais lious respectons les écart$
( 27)
<îe ce grand homme : voici comme Monîe«quîeîl
s'exprime sur le droit affreux de Tescîavage.
« L'esclavage propreraeiu dif , est réidblisse-
» ment d'un dmit, qui rend un homme tellement
» propre à un auue humme , qu'il est le maître
» absolu de sa vie et de ses biens ; il n'est pas
» bon par sa nature; il n'est utile ni au maîtra
» ni à l'esclave : à celui-ci , parce qu'il ne peut
» rien faire par vertu : à celui-là , parce qu'il
» contracte avec ses esclaves toutes sortes de
» mauvaises habitudes, qu'il s'accoutume insen»
» siblement à manquer à toutes les vertus mo-
» raies , qu'il devient fier , prompt , dur , colère ,,
», voluptueux , cruel >?.
L'immortel Montesquîen , en écrivant ces deiS
nières paroles , songeait aux ex colons ; il a voulu
les peindre d'un seul trait.
Il continue : « Il n'est pas vrai qu'un homme
» libre puisse se vendre, la vente sup|)ose un
» prix , l'esclave se vendant , tous ses biens en(re-
» raient dans la propriété du mai re ; le maître
» ne donnerait donc ri(^n , et l'esclave ne rece-
» vrait rien , il aurai» un pécule, dira-t-on , mais
» le pécule est accessoire à la personne, s'il n'est
» pas permis de se tuer , parce qu'on se dérob. à
» sa pafrie , il n'est pas plus permis de s@
>y vendre ».
C 28 )
Sur l'esclavage des nègres, Montesquieu s'ex-
prime ainsi : «Si j'avais à souîei^ir le droit que
» nous avons eu de rendre les nègres esclaves ,
» voici ce que je dirai.
» Les peuples de TEurope ayant exterminé
>> ceux de l'Amérique , ils ont dû mettre en
M esclavage ceux de l'Afi-ique , pour s'en servir
5> à défricher tant de terres ».
, Si les ex colons n'ëraient pas aveugles par
leurs passions 5 ils auraient senti tout ramertume
qu'il ^^a dans cette ironie.
Gomment peuvent-ils avoir l'impudence de
citer Montesquieu pour justifier leur affreuse
théorie ? Quoi ! parce qu'il aurait écrit que la
chaleur éaervait le courage, s'en suivrait- il
que tous les peuples qui habitent les climats
chauds, seraient inférieurs aux peuples des cli-
mats froids et devraient être leurs esclaves ? Je
soutiens que c'est une théorie très-fausse , qu'elle
est absurde, chaque homme ayant reçu de la
naiiire une complexion relative au pays et au
climat qui l'ont vu naître ; pour me convaincre
que les blancs seraient d'une nature supérieure
aux noirs , il faudrait pouvoir me prouver que les
blancs pourraient résistera l'influence des climats,
qu'ils pourraient habiter sous h soleil biûlant de
î'éqiiateur , comme sur les glaces des pôles , sans
( 29 )
éprouver aucune al!« ran n ni changement dans
leur eomplexion {jhjsii[iK ; mais i! est prouve pae
des faits eî des auîoriîës inécnsables , qu'ils ne
peuvent résister à peine trois mois dansies climats
chauds sans dégénërer.
Demanet et Imlaj remarquent que les des-
cendans des portug;ais établis au Gonso , sur la
côlede Sierra- Leone eî sur d'autres point de l'A-
frique , sont devenus nègres ; ce qui prouve dit
M. Grégoire, l'ascendant du climat sur la eom-
plexion et la figure.
Les français ont-ils donc déjà oublié les fu-
nestes effets de la chaleur brûlante du rojaume
d'Hajti, et du froid glacial de l'emuire Fausse, pouc
discourir aussi légèrement ? J'ai vu des rnil.icrs
Aq français qui pouvaient êire de tièûviguuieux
et de très-braves soldats dans leur eosi ree , je les
ai vu , dis-je , et je m'en rappelle encore , ëiendus
sur la poussière , présenter le comble de la misère
et de la faiblesse humairte ! Où est-dojie celle pré-
tendue supëiioriië des blancs sur les noirs ? Où es£
donc ceUe préiendae îht^urie de Montesquieu qui
nous condamne inéviiablemenî à l'esclavag-e 7
Les ex -colons se contredisent sans cesse 9
quand il s'agit de leurs intérêts , ils sont sans scru-
pule ; s'agît'il de prouver la supériorité des blancs
%UL les noirs , ils vous disent que les peuples de
( 3o )
îa zone torrîde , en ardeur ef en puissance , ïe
cèdent tous aux peuples des zones tempérées ;
ils vous disent effrontément que les noirs sont
muus, effemîriés, amis du repos ; vo^^ez !es nègres
dit oet impudent de Mozères , tout leur mouve-
menr sont des efforts, un porte -faix d'Europe
soulève des fardeaux que deux n(>iis soulève-
raient à peine ; mais s'agit il de labolition de la
traite et de l'esclavage des noiis dans les colonies,
vous les vojez lout-à-coup changer de langage î
Ecoutez ces chenapans , point cl esclavage point:
de colonie ! la terre des Antilles ne peut-être cul-
tivée que par des nègres ; ils sont déjà habitués
en Afrique dans fardeur du soleil ; eux seuls
peuvent résister aux travaux de la culture, Teu-
ropéen ne pourrait y tenir , il succomberait
bientôt sous l'influence du climat et du travail î
C'est alors qu'ils se souv-enneni de nus pénibles
labeurs; qu'ils récapitulent la masse d'or qu'ils
pouvaient extraire de notre sang, pendant les dix
années de vie et de tortures, qui étaient le ferme
supposé de notre existence ; noJre g-nre de vie ,
trois heures de sommeil dans les v'rngt-quatre
heures, pour habillement quelques haillons ,
pour nourriture quelques racines cultivées sur le
lerrein le plus ingrat de l'habitaiion , dans nos
heures de repos j tout bien récapitulé , les colons
< 3r )
«uppufent ensuite ce que le travail d'un blano
pourrait leur rendre , le pécule qu'il faudrait lui
donner, les heures du repos, les vêiemens, un©
nouirilure plus saine et plus abondante; et ce qui
est bien plus cruel pour un colon, c'est d'être obligé
de traiter le blanc avec un peu plus d'humanité
que le nègre, de ne pouvoir le torturer suivant
ses caprices ; tout bien compté et mûrement rèflé^
chi , il lexir faut des nèo;i es , des esclaves ; pouc
en avoir, il n'est point de calomnies, de subfer*
fuges et de mensonges que ces odieux brigands
n'inventent pour obscurcir la vérifë , afin de per*
pëtuer leur abominable système colo^Vial î
G*est ainsi que Mazères , après avoi» fai( tous
ses efforts, en employant le raisonnement le plus
absurde pour nier Tidenlité de l'espèce humaine,
veut encore que les africains de la parlie septen-
tiionale de PAfrique soient d'une autre espèce
que les africains de la partie méridionale.
Ainsi après avoir prouve l'identité des nèo-res
avec les blancs, il me faudrait encore prouvée
ridenîîîé des africaiîis avec les nègres, et proba-
blement aussi l'identi.é des haytiens avec ces der-
niers ; quant à moi , ayant reçu le jour d'une afiî*
caine, je me crois très-idenfifië avec les africains ;
j'aurai désire que Mazères nous eut démontré sî
ks peuples du midi de l'Europe forment une espèce
t 32 )
partîculîèt'e d'avec les peuples du Nord , s'il 3^
a identiie eviive les fiançais et les laponais, et
les espagfiols avec les russes ; quels mibérables
sophismes ! quelles puëiilitës ! Mazèses a cru ,
sans doute, par ses subrerfuges, éviierJes objections
que l'on pourrait lui faire sur l'anciônt^e civilisa-
tion des peuples de îa partie septentrionale de
TAfiique, ou bien comme il y a encore des nations
de TEurope qui font Fodieux trafic des hommes;
et comme elles ne peuvent pas faire la traite des
égyptiens, ni des marocains, il importe peu aux
€x-colons de îeuu attribuer quelques facultés et
d'en faire une espèce séparée des habitans do
Sénégal, du Monomotapa et du Zanguebar, qui
sont selon eux des brutes propres à faire des
esclaves !
Les ennemis des tifricains veulent persuader
que depuis cirjq à six mille ans (|iie le monde
existe l'Afiique a JouioAirs été plongée dar.s ia
barbarie, el ime Pesât criViOianee esi iiihérent à la
raUire de ces h<iblt3'is. 0»u-i!> floue oublié que
l'Af ique a été le berceau des sciences et des arts?
s'ils feignent de l'oublier , c'est à nous de les en
faire ressouvenir !
Je ne ferai qu'une esquisse rapide de riiîsîoîrs ,
pour y puiser les cirgomens et les rapprochemens
qui
( 53 )
qiiî me sont nécessaires pour réfuter les calom-
nies des ex- colons ; malgré que je n'aie pas eu le
bonheur de faire mes études , comme ce fat d@
Mazères ; sans avoir été en sixième , je crois que
rhistoire de l'homme , aux yeux du philosophe ,
à quelques exceptions près , est pour ainsi dire la
même , dans tous les temps , tous Içs âges , et
dans les diverses régions du monde»
D'abord l'on voit que les pays les plus voisins
du berceau du genre humain furent les premiers
peuplés et les premiers civilisés ; les peuples se
communiquèrent ensuite de proche en proche les
premiers rayons des lumières : chez les premiers
Ton voit briller déjà les sciences et les arts, et chez
les autres quelques étincelles , tandis que tout^
la terre était couveiie d'épaisses ténèbres, et raêm@
encore ignorée des hommes. L'on voit le Eam-
beau des lumières parcourant le globe , s'allumer
pour des peuples et s'éteindre pour d'autres ;
des empires puissans s'élever et disparaire ; les
peuples succombant les uns les autres , montrer
ainsi à nos yeux des exemples frappans sur Tinsta*
biiité des choses humaines ! D après la version des
Septante, il y avait déjà i656 années qu'une par-
lie de l'Asie et de l'Afrique était peuplée, qu3
rEuropç était eucorç inconnue aux hommes ; ce
( 34 )
FîVsf qu'après îe déluge, que des trois enfans de
Nûé sont sorties foules les nations qui peuplèrent
îa terre, Se?n TAsie, C/Wz/z l'Afrique, et Japheù
l'Europe ; suivant les annales et les traditions de
tous l«iîs peuples, l'Egjpîe fut le premier pays
civilise du monde , et îe berceau des sciences
et des arîs , ce Cesù de ce foyer primitif, dit
M. Lesage , d'oij bien cerlaiiteinent est parti
Féiiticelle antique , qui par la suite dts siècles â
engendré toule la masse de lumière qui éclaîrô
aujourd'hui Tturope »,
Tout ie rponde sait cjue les grecs si polis , ces
modèles du goû» ëtaieni dans îa plus grossière
ignorance, qu'ils se nourrissaient d'hejbes et de
giaîîds à riiriication des bêtes, lorsqu'ils furent
civilises par dt's colonies égyptiennes ; alors tout
îe res^e de FEarope était encore inconnu et les
peuples qui l'habifaient étaient cerîainement aussi
îjar bores , aussi igrîorans , aussi abrutis que le
sont peui-êtie aujourd'hui les peuples du Eenin ^
do Zangnebar et ûi\ Monomotapa.
Mais Iiiachus , Cecrops et Lelex, au Jieu de
faire la traire d 's blancs, en enseignant aux grecs
le vol , le pillage et l'incendie , au lieu de leup
fourî)ir des armes, des munitions de guerre , des
liqueurs fortes pour égarer leurs rai-^ons et les por-
ter à se vendre It^ uns ks auties j au lieu, dis-je^
( 35 )
de les exciter à ce tradc inhumain , leur appor*
teietu ie bic , leur enseignèrent lagricuiture ,
îes sciences el ies aUs des egjpiiens ; au lieu de
disculer avec ces grecs ignorans pour leur démon-
trer leurs iiiieriori es physiques el morales, ils leur
enseignèrent à les iuiiter dans Fan de la société, et
lîientô même à les surpasser î Athènes, Sparte „
Gorinthe florissaient que le reste de l'Euiope étais
encore barbare.
Vers la iîn du 9^""® biècle, avant Jésus-Ghrisf ,
tine colonie Tyrienne , fondée par Didon , blîit
Carihage; et i38 ans après , Rome, ceite maî-
tresse du. monde , fui fondée par une poignée
de brigands ; les romains se modelèrent sur les
^grecs ; les décemvirs lédigèrent , les lois des XII
tables sur celles des athéniens, qui sont le fonde-
ment du droit romain ; de FLaiie les lumières
■pas.sèrent lentement dans les Gaules, qui furent
domptées par Jules César, ian 696 de Rome ^
et 58 ans avant Jësus^Ghrist.
Alors les gaulois, comme la plupart des euro-
•péens,élaiem encore idolâtre?, plongés dans la plus
crasse ignorance, pratiquant des coutumes supers-
titieuses ei barbares; le monde, cependant , avait
oéja près de 4oooans d existence, et ces peuples de
1 i!iUrope n avaient pu recueillir une seule élir.celle
, de lumièi'ej valnemenù une ceinture de cwili-
(■'wn
m
i 3ro )
Wallon la bordait dans sa partie méridionale^
îa iuraière ne pouvait pénéirec dans les sombres
forêts des Gaules et dans fesprit de ses grossiers
liabilans. Les éthiopiens , les égyptiens , les phe-
lîicieos , les carthaginois , les grecs, les romains
civaient fait relenlir le monde du bruit de leur
sagesse , de leurs lois et de leur gouvernement,
ique les gaulois dîaîesit encore demeures dans leuc
Ignorance primitive. D'immenses forêts, des hau-
tes montagnes , le passage des lacs, des fleuves »
la rigueur des climats froids , la barbarie des
peuples arrêtaient l'introduction des lumières dans
Je nord de l'Europe ; tandis que des causes diffé-
rentes , mais d'une même nature, empêchaient
la civilisation des peuples du midi de l'Afrique,
Il était très-difflciie aux égyptiens et aux car-
thaginois de communiquer avec les nations afri-
caines du midi , qui sont séparées d'eux par
l'immense désert du Sahara \ la difficulté de
traverser ces sables mouvans qui engloutissent
quelquefois des caravanes entières , le défaut
d'eau et de subsistance , sous un soleil brûlant ,
étaient autant d'obstacles qu'il fallait franchir ;
c'est ce qui engagea sans doute les carthaginois
d'envoyer des colonies par mer sur les cotes de
rOcéan. lîanori par ordre du sénat de Garthage
i'epandit 3Q,oaQ cariliagincis depuis les colcnnes-
( 37 5
^'Hercule jusqu'à Gevné . au 25" degré âe
latitude Nord , c'est-à-dire jusqu'au Cap de Bada-
jor, limite de la navigation des anciens dans cette
partie de l'Afrique.
« C'est un beau morceau de l'antiquîté que la
relation d'Haiion , dit Mosatesquieu , les choses
sont comme le style , il ne donne ponU dans le
merveilleux : tout ce qu'il dit du climat , du îerrein ,
des mœurs , des manières des habita ns se rap-
porte à ce qu'on voit aujourd'hui dans cette côte
d'Afrique ; il semble [ dit-il ] que c'est le journal
d'un de nos navigateurs»
» Les carthaginois , continue Montesquieu ,
étaient sur le chemin des richesses , et s'ils avaient
été jusqu'au 4^ degré de latitude Nord et au î5^
de longitude , ils auraient découvert la Côte-d'Oc
et les côtes voisines. Ils y auraient fait un com^
merce de foute autre importance que celui qu'on
y fait aujourd'hui; que TAmërique semble avoir
avili les richesses de tous les autres pays ; ils y
auraient trouvé des trésors qui ne pouvaient être
enlevés par les romains ».
Les ex-colons voyent le mépris que Montes-
quieu avait pour la traiîe des nègres , qui a avili
£ dit-il ] les richesses de tous les autres pays ;
Mazères , qui s'appuie souvent sur le témoignage
deMoii^esquîeu, ne recasera pascelui-ci sans doute.
m
20
f 33 >
Je croîs cps la d-sti action de Cartiiaae , pai*
les ro iiains , est une des principales causes qui ait
cmoechë que rÂfrique ne fû^ enlièremPTi? civi-
lisée, joinl à rir. vision des barbares dn Nord,
« C'est aa commencernent du cinquième
Siècle , dit M. Lesage , dans son savant onvrage,
que le pied barbare foula pour la première Ajjs
cette terre embellie par plusieurs siècles de civi-
li&ation. Gen.sëric avec les vandales , en cha sa
îes romaiîjs et bâdt son trône sur Mes ruines
ïiaênies de rancienne Cartilage. Mais si les van-
dales arrachèrent l'Afrique à l'empire d-Qc-
cîdenî , ils s'en virent dépouiller à leur tour par
Fempîre d'Orient , qui jetta uri lusue éphémère
sous le génie du célèbre et malheureux Bélisaire.
Ce dernier triomphe ne fut pas long, et l'Afiiqu'é
ëchappa de nouveau à la civiiisaion , pour ren^
trer encore dans la possession des barbares. Elle
avait succombe d'abord sous une invasioîi du
!Nordi celte fois ce Fut sous une invasion du Midi ,
sous les terribles Sarrasiiis qui faisaient (ouï
plier , sous leur fanatisme et leur courage ^>.
L'établissement du mahcmélisme , l'incendie
de la bibliolbèque d'Alexandrie , brû ée par
Omar , achevèrent de détruire les restes de l'an-
cienne civilisa:ion africaine; les muses effrayées
prirent la fuite ; les lettres disbarureol , les
( Sg )
«nonumens furept détruits et muriles ; la lumière
morale sëleîgnit ; et rinvenlîoii de la traite , ce£
odieux trafic, de critries et de sang, vint mettre
le comble aux grandes calamités qu'avait déjà
éprouvé cel.e n^aUieuieuse contrée.
T.^ndis q?ie rignoiance couvialt de son voile
lugub.e celte antifjue patrie des sciences et des
arts, l'Europe plus heureuse soulevait son ban-
deau : uidés par les lumières du chrisûanisme, I©
grand Aified ei ChaileraagFie commencèrent à
policer îpnr p-euple ; parlerai je des époques célè*
bres de Léoîi le Grand , dei Medicis , ces immou*
tels pro'ecieurs des sciences et des arts ? Pierre le
Grand, au 17^ siècle, vint encore ajouter îa
Russie à la civilisation euro|:ëenne.
Malgré le témoignage de l'hisfoire, tous !es
calomniateurs des noirs indistinctement affir-
ment que l'ignorance et îa barbarie sont des
vices inhérens à la nature des africains ; ils diseoÊ
que de tout temps , cette partie du globe eut des
esclaves ; que ce fléau est indigène à cette terra
de malédieiion. Os indignes enfansde Japhet ^,
oubliaiU ainsi leur propre histoire , calomnient
\2m% frères , et leur rt^pr.)elie cet e^at d'ignorance
et de barbarie dans ieqoei ils ont été ploop-éa
eux mêmes pendanl phis de cinq mille ans. "^
1)5 :out ttrmps, diseru:-ils , il j eut des esclaves
m Aliiuae ; mais û j m. eut aassi de IquI tempi
2'/
en Europe , et îl en existent encore ; les grecs , les
romains, les gaulois, ies germains, tous les peuples
eurent des esclaves ; le son affreux des illoîes dans
l'ancienne Grèce nous représente assez quelle
était notre situation dans ce pays , sous rabumî-
nable régime colonial. Pourquoi reprochent - ils
aux africains leur barbarie et leur ignorance ?
Les européens n ont-ils pas été également igno-
rans et barbares avant d'être civilisés ? Malgré
que les assertions des ex -colons doivent nous être
bien suspectes , surtout celles ^wn Paiissot de
Beauvois qui a eu l'infamie de nous ranger dans
la classe des orang-ouiangs , et qui n'a jamais
bessé de nous calomnier ; il est possible qu'il
existe encore chez plusieurs peuple^i de l'Afrique
des coutumes superstitieuses eî barbares ; il
est possible que les béniniens sacrifient des
victimes humaines , et que d'autres nations
massacrent leurs prisonniers ; je suis loin de
vouloir diminuer l'horreur qu'inspirent ces mons-
trueuses pratiques , et mon cœur en gémit ;
xnais c'est le résultat de la profonde ignorance de
ces peuples , et ce n'est que par le secours de la
civilisation que Ton pourra les faire disparaître
successivement.
Il est bien étonnant que les ex colons veulent
iuo^ec ks africains sur quelques traits de supersti-
* ^ lion
( 4ï )
tîon et de barbarie , s'ils avalent îeié m coHpN
d œil sur l'histoire et sur eux-mêmes , ils auraîeni
eu la conviction que ce n'est pas seulement
les nègres qui ont été îgnorans , superstitieux ,
cruels et barbares , mais que les blancs l'ont été
également ; je retrouve chez les européens les
înêraes pratiques superstiiieuses et barbares que
les ex-colons reprochent aux africains ; il n'est pas
même jusqu'à Te'preuve à l'eau rouge du roi ds
Sherbro qui se trouve dans la loi Salique , qui
admettait l'usage de la preuve par l'eau bouil-
lante , ensuite vint la preuve par le combal
judiciaire.
Faut-il que ce soit un insulaire illetré qui leuB
rappelle sans cesse l'histoire du genre humain ?
Dans les premiers âges du monde les of-
frandes étaient simples ; les premiers hommes p
ait Porphire, ne sacrifiaient que de l'herbe ;
lorsqu'ils furent livrés à Fagriculture, les pré*-
mices des récoltes et les plus beaux fruits de la
terre étaient offerts à la divinité ; par la suite ,
on immola des animaux ; ces sacrifices se muiti*
plièi^ent; et dans les calamités publiques , ce sang
paraissant trop vil , on fit couler celui des
hommes; cet usage barbare et presque uni versai
remonte à la plus haute antiquité.
' E '
20
(
)
tes gaulois aussi bien que les autres peuples
Se i'Europe ëtaienl livres à ces pratiques supers-
fitieuses et barbares ; les plus solennelles de
toutes les cérémonies des druides étaient celles d©
cueillir le gui de chêne. Je vais rapporter quel-
dues unes des principales maximes des druides »
qui ont été conservées par la tradition , parc®
qu'ils ne les ëcrivaieni jamais.
« Le gui doit être cueilli avec un grand res-
pect , toujours s*il est possible , le dixième jour de
la lune , et il faut se servir d'une faucille d oï
pour le couper.
» Dans les occasions extraordinaires , il faut
immoler un homme. On pourra prédire l'avenic
selon que le corps tombera , selon que son sang
coulera , ou selon que la plaie s'ouvrira.
» Les prisoniiiers de guerre doivent ê(re im-
moiës sur des auiels, ou être renfermés dans des
paniers d'osier , pour être biûlés vifs en ilionneui;
des dieux.
» Tous les pères de famille son rois dans feurs
maisons ; ils ont puissance de vie et de mort suu
leurs femmes, leurs enfans et leurs esclaves ».
Telles étaient les horribles maximes des prêtres
gaulois; ils sacrilidient des victimes humaines à
Esus eî k Teutatès; ils massacraient et brûlaient
kurs prisonniers de gueu^e daus des paniers
( 43 )
d'osîer ; les pères de familie exerçaient riiorrîbl©
pouvoir de vie et de mort sur leurs femmes , leurs
enfans et leurs esclaves. Cette dëgradalion , dans
laquelle les gaulois étaient plongés , est attestée
par César, Tacite, Lactance et Lucain. Ce fut
sous l'empire de Claude , fan 5o de Jésus-Christ ,
que ces abominables coutumes furent abolies ; et
Tordre des druides né cessa d'exister qu'au temps
oii le christianisme triompha entièrement des
superstitions des gaulois.
Les peuples du Nord qui reçurent plus tard les
lumières conservèrent ces monstrueuses pratiques
jusqa au neuvième siècle ; ils ignoraient encore
les arts qui avaient adouci les njœars des grecs et
des romains. Les peuples du Nord croyaient que
le nombre trois était chéri des dieux ; chaque
neuvième mois , ou trois fois trois , on renouvelait
les grands sacrifices ; ils duraient neuf jours , et
Ton immolait neuf victimes , soit hommes , soit
animaux.
Dans les temps de guerre , on choisissait les
victimes parmi les captifs; et pendant la paix ,
parmi les criminels. Neuf personnes étaient im-
molées; la volonîé des assistans et le sort combiîsés
ensemble réglaient le choix ; les malheureux qu@
désignait le sort étaient traités avec tant d'honneur
par rassemblée , on leur prodiguait teiiemeiU ck
C 44 )
caresses ei de promesses pour la vie à venîr ,
qu'ils se fëlicitaienr quelquefois eux-mêmes de
leur deshnée. Le choi;^ ne tombait pas îouiours
sur un sang vil ; plus les victimes étaient chères ,
plus on ciojair racheter îa bienveillance divine!
L'histoire du Nord est féconde en exemples de
rois et de pères qui ont fait taire la nature pour
obéir à cette coutume barbare.
^ Lorsque Ion immolait des hommes, ceux que
l'on choisissait étaient couehës sur une grande
pierre , où ils étaient étouffés ou écrasés ; quel-
quefois on faisait couler leur sang , et l'impétuo-
sité avec laquelle il jaillissait était Vuades présage
les pi -s respectés ; on ouvrait aussi le corps de
ces victimes pour consulter leurs entrailles, et
démêler dans leurs cœurs la volonté des dieux ,
les biens et les maux à venir. Les tristes restes des
objets sacrifiés étaient ensuite brûlés ou suspendus
dans un bois sacré , voisin du temple ; on répan-
dait le sang en partie sur le peuple , en partie sur
le bois sacré ; on en arrosait les images des dieux ,
les autels , les bancs el les murs du temple au
dedans el au dehors.
Pies du temple était un puits ou une source
profonde , on y précipitait quelquefois une vie
lime dévouée à Frigga^ déesse de la terre ; elle
«tait ^gcéabk à la déesss , si tW^ allait prompt^-
X 45 1
ment au fond , îa dëesse alors l'avast reçue. Dao5
le cas contraire , la déesse la refusait, et on la sus*
pendait dansîa forêt sacrée. Près du temple d'Up-
sal , on voyait un bois de cette espèce, dont
chaque arbre et chaque fruit étaient regardés
comme la chose la plus sainte ; ce bois, nommé
le bois anodin , était rempli des corps des
hommes et d*:'S animaux que Ton avait sacrifié ;
on les enlevait quelquefois pour les brûler en
riiooneur de Thoj' ou le soleil, et Ton ne doutak
pas que Tholocauste ne lui eut été agréable , lors-
que la fumée s'élevait directement ; lorsque Ton
immolait une victime , le prêtre disait : Je t&
dé^^oue à Odin, je t^ envole à Odin, ou je te
dévoue pour la honne récolte, pour le retour
de la bonne saison ; la cérémonie se terminait
par des festins où Ton déployait toute la magni-
ficence connue dans ces temps-là. Les rois et les
principaux seigneurs portaient les premiers des
santés ou saints en l'honneur des dieux ; chacun
buvait ensuite en faisant sa prière et son vœu,
C'en est assez pour les ex- colons , que Mazères
et Pallissot de Beauvois étudient l'histoire de
leurs ancêtres , dans laquelle nous avons puisé
ces faits , et ils cesseront de s'étonner de Tigno-
rance superstitieuse et barbare des africains ; ils
classeront, dis-je, de s'étonner, que Jabou capi-
I
( 4S )
laînp des (i^ardes dn "Roi »ie Benîn , ait sacrifié
trois hommes dans vue fête , où Pallissot de
Beau vois a assis' ë-, n'esî-il pas même uès - pro-
bable que Fallis>^oî de Beauvois ait contribué
pour qyelq»^-e chose dans cethonible saciiiice,
en ïonml^sant àJaboii dei? hqueurs fortes pouc
Fenoivrer , et en ëg^aranî sa raison, le porter à haï
procurer quelques esclaves ? Je suis d'auîant pins
fonde dans cette assertion , que Paliissot de Beau-
Tois dît que Jabou avait un grand nombre
d'esclaves , et ce ne pouvait êlre que dans l'inlen-
tîon d'en obtenir , que Pâlis&ot se trouvait
chez le capitaine des gardes do Roi de Bénin ;
il aurait dû au moins par humanité acheter
ces trois vicûmes, et empêcher son hôte de com-
mettre ce crime horrible 1
Il appariient bien aux ex-co!ons et aux mar-
chands et trafiquans dechair humaine, de vouloir
décrire les mauvais traiiemevs que les afiicains
iofnorans font éprouvera leursii3!or. unes esclaves;
quand eux-mêmes ([ui sont civilisés, et qui ont reçu
des lumières , ont exercé les cruautés les plus
înouies sur les malheureux esclaves; qu'ils jettent
un ref^ard sur les horreurs de !a traite et sur les
crimes dont ils se sont rendus coupables dans les
colonies , et ils verront comme ils sont double-
SBeot odieux de calomnier ces infortimés afi>
( 47 V
caîns ! ce sont ces hommes de sang, ces es*
colons, couverts de ciioles, qui osent encore nous
calomnier ; c'est eux , comme le dit M. Sismonda
de Sismondi , qtti reprochent aujourd'hui aus
africains ia barbarie qu'ils ont créée ; ils veulent
qa'ori juge ces peuples sur les crimes qu'ils ont
exci.és et qu'ils onl payes î
Ecoutez le langage de ce fourbe de Mazères 9
considérez l'Afrique , dit-il, considértz son inal-
térable, je dirai presque son ineffaçable barbaries
qu'a-t^tlle fait ? Qu'a-î-elie imagioé ? Qu'a-t-elk
perfectionné ? lorsque la lumière européenne
briUait par (orrens sur ses bords médilerianéens ,
et depuis qu'elle en reçoit les rayons affaiblis pas
des voies si nombreuses i
OSa t-elle fait , ose demander cet impudent ,
lorsque les lumières brillaient par torrens sur ses
bords africains ? Ce qu elle a Fait t elle a civilisé
l'Europe , et c'est à la race nègre , aujourd'hui
esclave, dit Volney , que les européens dolvenl
les arts et les sciences, et jusqu'à Fart de la parole !
Je demande à mon tour , depuis que rEurop©,
civilisée est devenue la paUie des sciences et des
arts, depuis qa^elle a élé éclairée des lumièi-es du
chnsiianisme , qui enseignent aux hommes la
charité , rhamanîté envers leurs prochains , qu'a-
â^ellô fait pour civiliser l'Afrique , cette cgntréa
'*^
( 48 )
înfortanée que ce monstre de Mazères à Fîmpu^
deur d'appeller une terre de malëdiction ? Ce
que l'Europe a fait ! elle a ëtabii cet effroyable
commerce d'hommes qui a corrompu la popula-
liou africaine ; les progrès de la vie sociale ,
l'agiiculture , la morale , les lumières ont été
étouffés par les effets de cet odieux trafic ; elle
a fait naître la désolation , la barbarie et tous les
genres de crimes et de brigandages auxqu els la
société humaine puisse être réduite i les larmes ,
la misère , le sang des africains crient vengeance
et demandent justice à la nature entière î et les
auteurs de leurs maux osent dire (jue ï Afritjue a
résisté aux enseignemens de la nature, comme
à ceux des hommes^ lorsque la lumière euro-
fêenne brillait par torrens sur ses bords mé-
diterranéens, et depuis quelle en reçoit les
rayons affaiblis par des voies si nombreuses.
Grand Dieu ! quelle lumière î quelles voies
pour civiliser et éclaii^er des hommes que celles
de la trai(e !
Ce comble d'audace et de méchanceté soulève
mon âme d'indignaîion !... Je m'airêfe, j'allais mau-
dire l'Europe et les auteurs de cette horrible inven-
don : généreux Sismonde deSismondi, Wiiber-
force, Glarkson, et vous tous européens sensibles
et
< 49 )
®f verfueux ; rass«rPz--vous, l'excès des maux qu«
nous avons éprouves ne peuvent nous rendre nî
injustes ni ingrats ; ce n*est qu'à cette classe
dilemmes féroces et barbares, ennemis du genr0
humain ♦ que je puis imputer toutes nos infor*»
tunes ; c'est conlr'eux seuls que je dirige mes
ëcrîts; ils ont pendant assez Ions; -temps dénigré,
calomnié et torturé mes semblables; qu'il me
soit donc permis d'user envers eux du juste droil
de représailles, en repoussant leurs odifeuses ca-
lomnies; jamais , non jamais , nous ne leur dirons
autant d'injures, ni nous leur ferons la millième
partie des maux dont ils nous odi accablé pendant
des siècles.
Vils calomniateurs des africains , dites -nous
qui a pu donc les empêcher de se livrer aux ensei-
gnemens de la naiure et des horiunes , si ce n'est
votre infâme avarice et voie cupidiié ? N'est=ce
pas vous qui les avez déïouiîié des douceurs
de la vie pastorale et agricole , pour les livrer
à la plus horrible de toutes les corruptions 1
La nature a -t- elle pu jamais enseigner à UA
père de vendre ses enfans » et à ceux - ci les
auteurs de leurs jours? Frëlendez-vous aussi qu@
les hommes puissent se civiliser et s'éclairer aveo
de pareik iostituteurs , lels que ces barbares ,
Q
I w ;
(50 )
marchands et trafiquans c;le chaîr humaine qui
«nseîgnent , pour préceptes de morale , aux afii-
cains le vol , le pillage et Pincendie , qui leur
fournissent au lieu de livres d educafion , des li-
queurs fortes , des verroteries , des armes et des
munitions de guerre pour s'entre détruire ? et vous
avez encore l'impudeur de parler des lumières
européennes qui brillaient par torrens, dites-vous,
8ur ces bords africains? ahî ce n'est pas ainsi
<|ue vos barbares ancêtres ont élé civilisés ! au
lieu de ces indignes moyens, lorsque les euro^
péens auront introduit les lunuères dans l'A-
frique , en y envoyant de sa vans professeurs et
d'habiles artistes ; lorsqu'ils y auront fait naître
l*agricuîture, Tindustrie» les sciences et les arts,
4Î les africains ne profîrent pas de leurs leçons ,
en s'éia.Mcant dans la carrière de la civilisation,
alors vous pouirïirz avoir reiison de dire que nous
sommes d'une es|.èce inférieure à la vôtre , et
nous reco!inaî< lions sans murmurer l'injustice du
sort. Mais non , que dis-je f la gloire immortelle
de civiliser une des quatre parties du monde, de
rendre cent millions d'africains à la société euro*
péenne , ce grand œuvre qui doit surpasser tout
ce que les peuples des temps antiques et modernes
ont fait de grands et de glorieux , qui doit obs-
curcir tous les genres de gloire , appartient à la
( 5i )
magnanime et généreuse A ngîeterre ! cet œntrrô
grand et vraîment sublime est déjà commencé !.*•
Vaille gloire des conqiïérans disparaisse z '. Des»
tructtuis des humains humiliez vous ! vos triom-
jvhes ont éié fleiiis , ils sont souillés de larmes ,
de crimes et de sang , la posiériié les condamne ^
mais la vraie gloire , la gloire de l'Angleterre est
éternelle , et ses bienfaiis survivront encore au^
bout des siècles dans la mémoire des hommes l .
« Les portugais , dit Mjzères , ont essayé da
policer le congo au moyen du christianisme; le
congo est resté aussi barbare qu'il l'étaic lorscju'oa
Y fît cet essai, TAbyssinie a reçu le chisûanisme^
il est dégénéré au point d'être méconnaissable ».
De toutes les calomnies des ex-colons « rien
n'égale l'impudence de celle-ci. Parce que le
chf is'ianisme a civilisé TEurope , il aurait dâ
aussi civiliser l'AFriqne et rAmérique : mais les
blancs, ont -ils suivi l'esprit de l'évangile envers
lesinforluiiéîs^fiicains ei américains ? Les blancs
n'ont suivi i'espvit de l'évringile (lu'en vers les blanCvS»
et le chfissiaimme a civilisé l Enrojje; sa douceur,
son humanité , sa chariip ouï ado ici les it œurs
^e ses barbares habi«ans; mais l'avarice , la cupi«
diié , et suro^at le fanatisme des européens , nous
ont fait considérer comms des bêtes de somme |
et le cUrisdaniâtîie , la religion d'un Dieu de pai:^
( S2 >
éf'de dianré, a é;ë le j/ré^exte que les homme*
se sont servi poin* exîei rainer les infortunes améri-
caios, Pi pour en faire des chréiiens, les malhea-
reux africains ont ëlë plonges dans le plus cruel
esclavage. C'est ainsi qu'ils onî déshonoré le chris»
^aiïisme au Heu d'avoir ira vaiyd à sa propagation.
1- L'auloi^ilë -.de Montesquieu ' ërant d'un grand
poids pour les ex calons , je vais rapporter son
opinion à cet ëgard i ia voici :
« J'aimerais autant dire que la religion donnQ
à 'ceux qui la profejjseiiî un droit de téduite en
servitude ceux qoi ne la professent pas , pont
travailler plus aisément à la propagation. Ge fut
ceîfe manière de penser qui encouragea les
destructeurs de l'Acriënque dans leurs crimes.
G*est sur cette idée qu'ils fondèrent le droit de
rendre tant de peuples esclaves ; car ces brio-ands
qui voulaient absolument eue chriiiens é.aient
trés-dëvots.
» Louis XIII se fit une peine extrême de la
loi qui rendait esclaves les nègres de ses colonies :
mais quand on lui eut bien mis de^ns i'e.^pril que
c'ëtait la voie la plus sure pour les convenir, il y
consentit ». On peut très -bien présumer que ce
fut la même cause qui empêcha d'abord Louis
XV m, de nos jours , d'abolir la traire des noirs.
Je vais snûitïQ sous les jeax des es -colons des
( 53 )
faîîs qu'ils ne pourront récuser ; Je leur ferai vok
comme des hommes impies et pervers se sont
servi de la religion pour assoi»vi< leurs [abSj<:)iis
effrënëes er persécuter les huraaiiis î
. A Hajii, par exemple , sous fa iTreux régime
colonial , n'avions-nous pas des prê'res cadioli»
ques , apostoliques et romains dans toutes les
paroisses de la colonie ? N'ëtiorjs-î joos pas aussi
îgnorans que les contas et les abjssins peuvent
i'êire f Pourquoi n'ëiions-nous pas polices , nous
professions cependant le christianisme ? C'est
parce ciue les prêUes étaient autant d instrumens
pajës et emploj^ës par les ex-culoiss pour nous
tePiir dans un eîat dVbjeciion , pour LOas empêcher
de secouer le joug de l'esclavage ; ces pierres nous
représentaient sans cesisC dans leurs seimons que
les blancs ëtaieîii des êtres d'une nature su|jérii^ure
à la nôu-e ; ils nous prêchaient le respect j la sou-
mission , rhumaniLë envers les blancs ; ils rcus
consolaient des tortures et des châumens que nous
éprouvions , en nous disant qu'il fallait souffrir et
endurer des peines dans ce mond«^, pour être plus
heureux dans l'autre ; ils nous façonnaient ainsi
dans Tesclavage, et nous accoutumaient à en sup-
porter le joug. Les ex-colons ne dëménûiont pas la
vëritë de ces assertions; ils saveîil très-bien ïtiii"
-pire cj[u avaient alors les prêtres, et quelk était kus
i
(54 )
tîtîlîté pour les ex-colonj. ; car iîs proposant pncôrè
dans tous leurs ëen'ts, comme un sûr moy.-n de
nous ramenei' dans Tesclavage , de nous envoyer
des prêtres pour nous enrraîner cians l'abîme, sous
le manteau respeciable de la reiigiotj; mais qu'ils
sachent que nous avons brisé les hocheis de la
superstition avec les chaînes de IVsclavage.
Dans les pays où les prêtres trouvèrent des obs-
tacles pour asseoir leur puissance , ils devinrent
întDlërans;ces fanatiques, s'ëloignant de la morale
évangëiique de notre divin sauveur , jetèrent le
trouble dans les familles , excitèrent les guerres
civiles dans les royaumes; pour parvenir à se
saisir de i'autoritë, des peuples furent extermines;
d'autres plushsureux, fatigues d'être en butie à la
persëcutioii et à la tyrannie de ces fanatiques, les
chassèrent de leurs contrées. Ex-colons, c'est de
cette manière que l'Amérique, le Congo, TAbys-
sinie^ la Chine, le Japon, reçurent les lumières
du christianisme I Tous les maux qui désolent le
genre humain sont l'ouvrage des hommes ; non
contens de les avoir créés , ils calooinient encore
l'auteur de la nature.
Il fallait donc introduire en Asie , en AHiqua
et en Amérique le chrisûanisme , comme il s'est
introduit en Europe, avec cet fspiit de paix,
d'humanité^ et de chaiité, que Tevaugile prescvic
BBO
( 55 )
aux hommes , il fallait nous considérer eomm«
vos fj ères, et non pas cc^mme des bêtes de somme
condamnes à une servitude plus cruelle que la
mort même ; alors le christianisme ♦ au lieu de
disparaître dans les pays où il avait déjà jelë da
profotides racines, au lieu de dégénérer dans d'au*
1res au point d'être ra(^>connaissable , se serait
répandu sur toute la terre , et aurait fait le bon-
heur du genre humain. ^
et On ne croira jamais , dit Montesquieu ^ que
c'eut été la pitié qui eût établi Fesclavage dans le
paganisme, et pourra-t-on jamais croire que ce fuÊ
pour rendre chrétiens les peuples de l'Afrique et
de rAaiériqae,que les européens les massacrèrent
et les plorsgèrent dans le plus dur esclavage >> ?
Ce n'est plus aujourd'hui la pitié des payens, nî
le fanatisme des chrétiens , qui autorisent le droit
affreux de resclavage ; mais suivant les ex-colons»
cesù la prudence , l'équité et F humanité ; l'a*
bolition subite de la traiîe , dit Palissot de Beau-
Vois, sans aucune modification , ni aucun tem-
péramment est contraire aux lois sociales; telles
sorJ les horribles maximes que cet homme de
mauvaise foi n'a pas eu honte d'imprimer , el
que Mazères son vil flaUeur n'a pas rougi de cîtep
comme un témoignage respectable. C'est ainsi
q[us la pitié , la religion , l'humanité ^ î@s senti-
1 ' i'*-
«'.:
'til'!
t 56 )
mens les plus doax ont servi de prcffexfes pouç
assouvir les passions , Torgueil , la rapacité et !«
Uiéchancelë des hommes.
Pour achever de réfofer les calomnies de
Mazères, je vais jetôr un coup^d œi! sur la situa*
«ion de rAfrique , et c'est par le lérnoignage
îïîêrne des vojageurs qu'il a ciiés , que je vais la
convaincre d'impûsiUEe et de calomnies envers
îes africains. ^
J'éprouve ici îe p]us grand legret de ne pas
avoir éîodié la langue ang'aise , et je suis bien
pnvë de ne pouvoir renforcer mes asserfions ,
par i'autonié re^ppciable des hommes (élèbres ,
tels que MM. Clark.on , Wiiberforoe , Stephen,
et en généra! tous les veiUieîîx philantropes
ë-Q la grande ei niagnanime naUo i btiiannique,
qui ont e!npk)jë lesirs talens , leurs vcillt^seî leurs
travaux , pour le bonheur et la peifeciion de
l'espèce humaiîie.
Les assertions de M. Si'^monde de Sismondi
sont fondées, non seult^merst sur le témoignage
universel des voyageurs, mais sur ia connais-
sance profonds qu'il a des hommes et des choses;
je suis plus à même d'apprécier la justesse de ses
arguniens , que la plupart des européens cjui ne
connaissent que Uès-impaifaitemenl; le caraclère
et
( 37 )
cl les mœurs des africains et des haytîens leatl
descendans.
Oui, ce Je soutiens avec M. Sismonde de Sîs«.
mowdi que l'Afrique esî habitée par une race
d'hommes nombreuse , active , industrieuse e%
accoutumëe au commerce >3.
Mazères s'e'tonne et ne peut comprendre pour-»»
quoi il n'existe pas de viiles florissajites sur la côto
du Sénégal et de la Guinée ; iî feint aussi d'ignoreje
quel est ce mur d'airain qui écarte les savans
et les commerçans de ce pays mystérieux ; il
demeure confondu de surprise ; il croit rêver z
Mais qu'est - ce que ce mur d airain, dit-il ^
dont vous nous parlez, si ce ri est une barha^
rie qui résisùQ à tous les exemples, à tous le3
enseignemens et qui repousse la lumière par,
toutes les voies oà elle pourrait pénétrer.
Si Mazères avait lu les voyageurs dont iî a
cité les noms , ou du moins si son âme gangre--
née par ses passions lui avait laissé l'usage de la
réflexion et de Ibl raison , il aurait pu discerne!?
les causes qui empêchent qu'il existe des villes
florissantes sur les côtes du Sénégal et de la
Guinée ; il aurait aussi découvert qu'est-ce que
ce mur d'airain qui écarte les savans de ce pays
1** ,/■
%yM
C 58 )
jttijsténeux , qui promet aux uns sa poudre d'oï
et son ivoire, aux autres ses antiques secrets.
Il n'existe pas de ville sur la côte du Sénégal
et de la Guinée , paiee que cet esprit d'avarice et
cle cupidité qui excite les européens à par-
courir la vaste étendue des mers pour chercher
des contrées nouvelles ou imaginaires , les a fixé
en AHique sur les côtes ; là , ils attendent la
poudre d'or , l'ivoire , et surtout les malheureux
esclaves; là, ils n'inventent que les moyens de pou-
voir s'en procurer n'importe à quelque prix que ce
soit ; ils ne comptent pas les crimes , mais leur
profit ; peu leur importe ce qui se passe dans Tin*
térîeur du pays, qui ne leur offre que des profils frop
incertains, des fatigues et des dangers ; s'il fallait
aller chercher eux-mêmes les malheureuses vic-
times de leur cupidité: les crimes de la traite ,
les usurpations et les brigandages des européens ,
ont contraint les natifs de s'enfoncer dans l'inté-
rieur des terres ; ces côtes jadis si populeuses, sont
devenues désertes et retournent dans la barbarie,
-tandis que le centre fait des progrès dans la civi-
lisation ; la crainte où sont les africains , que les
européens pénètrent dans Tiniérieur où ils pour-
raient rommetire les mêmes brigandages que sur
les çôleb , les rendent extrêmement méfians , ce
an'i les empêchent de permettre l'entrée aux voya*
< Sg )
geiirs dans leur pays ; ajoutez encore à ces causes
que la plupart de ces peuples professent le raaho-
mëtisme , et ont en horreur le nom chrëlien ;
alors vous verrez quel est ce mur d'airain qui
emoêclie de pénétrer dans ce pays mystérieux.
Des européens anîme's par la curiosité et la gloire
de faire de nouvelles découvertes , ont parcouru
une partie de cette grande région, Biovv^n pé-
nétra dans le Darfour ; Bruce dans TAbyssinie
jusqu'au source du Nil ; Mango Park fît trois
cents lieues dans î'inlériear des bords de la Gambie
aux bords du Niger; Patterson et le Vaillant
ont visité le pays des hottentots et des cafres ;
une infinité d'autres voyageurs ont parcouru l'A-
frique ; voudrait-on en conclure que ees voya-
geurs qui n'ont fait que passer, et qui ignoraient
jusqu'à ia langue des natifs , auraient pu y in-
troduire les lumières et la civilisation?
Parce que les infortunés major Houglhon el
Mouî^o Paik ont péri victimes de leur cuiiosité^
serait il juste de juger tous les peuples de FA-
fviciue sur ce trait de barbarie ? Dans les pays
policés de TEurope, n'est-ii jamais atrïvé que des
voyageurs furent assassinés par quelques hordes
de brigands ? Eji France n'a-t-il pas existé
des Cartouches et des Mandrins? Les hordes les
plus féroces se sont-dies jamais souillées des munies.
( Bo )
crimes dont les français de nos Jours se sont
reîîdiîs coupables ? Doit - on en conclure |iOur
cela c|ue la France n'est pas civilisée , et que la
barbarie soit inhérente à son sol et à la naïuie de
ses habiians ?
Ne devraii-on pas s'étonner au contraire , que
chez des peuples , tels que les africains , qiâ ont
tant de sujets de haine et de méfiance contre les
blancs , que parmi ces nombreux voyageurs , il
n'ait péri que ces deux hommes ? Ne devrait • ou
pas s'étonner, dis-je, que ces peuples aient pu
laissé visiter leur pays par des européens , qui
devaient leur être suspecis à tant de titres , mais
qui, au contraire, en dépit des calomnies ^es
ex-colons , ont exercé à l'égard de ces voyageurs
les lois de l'hospitalité ?
Si j'étais chef de quelqu'un des peuples de la
Nigritie , dit J. J. Rousseau , je déclare que je
ferais élever , sur la fi ornière du pays , une
potence, où je ferais pendre sans rëmi^^sion le
premier européen qui oserait y pénétrer, el le
premier citoyen qui tenterait d'en sortir.
Mazères croil-il pouvoir s'introduire à Haytî
pour prendre des renseignemens sur notre situation
intérieure comme Dauxion Lavaysse ei Médina ?
S'il est dans cette croyance, je me donnerai bien
de garde de l'en désabuser j qu'il vienne donc !
( 61 >
Si les afncaîns ëtaîeîir aussi barbares que ce
vil caioniniaîeur veut bien les représenrer , ces
voyageurs auraient-ils pu pénétrer dans rin^^rieuïr
de l'Afrique ? Un seul homme sans défense
aurait-il pu voyager avec des marchandises,
considérées dans le pays par leur rareté , comme
des richesses immenses , sans avoir été dépouillé
par des voleurs ? Lorsque nous voyons dans les
pa3^s les plus policés de l'Europe , dans Paris
môme , des voleurs détrousser les voyageurs pouc
s'emparer de leurs butins.
Mais il est temps d'appuyer mes assertions
par l'autorité même des voyageurs ; oui , je sou-
tiens avec M. Sismoode de Sismondi , « que la
civilisation a fait des progrès remarquables dans
le centre de l'Afrique , tandis que les côtes retour-
nent à une absolue barbarie; de très-grandes villes
commerçafUes et manufacturières ont été bâties
au milieu du continent africain ; elles sont les
capitales des puissans royaumes où les arts, les
niaîiufactures et lagriculture attestent les progrès
de la vie sociale. La propriété y est assurée , la vie
civile y est garantie , la justice y est administrée
avec sagesse , et le gouvernement y est respecté ».
« Je le demande , s'écrie Mazèses , à tous les
hommes sans préventions : ne faul-il pas vouloir
tout déaaturei: et tout peiiidœ sous des couleurs
( 62 )
fausses pour faîrp nn pareil tableau de rAPncftie ;
et si vous aviez à -larler de Paris, de l.on 'res, de
Ijon , ou de Manchester, si vous aviez à caracté-
riser lesrésulratsde la constitution anglaise, ou dâ
la charte française , que pourriez - vous dire de
plus f puisque vous ciîe:z Mungo Park, j'adjure
ici ses nombreux lecteuis de me dire si ce n'est
pas pousser la prévention jusqu'à la fo'ie , que
de nous peindre l'Afrique des mêmes traits ,
dont un français on «n anglais pourrait tout au
plus peindre leur heureuse et briilanîe patrie >s
Eh bien ! c'est par Mtmgo Paik même que je
vais répondre à Mazères; c'est par ce voyageur
que je vais le convair cre d'imposture et de ca-
lomnie ; j'adjure aussi les nombreux lecteurs dé
Mungo Park , de juger de la bonne foi de ce
Mazères.
Arrivé sur les bords du majestueux Niger ,
large comme la Tamise à Westminster, Mungo
Paik s'exprime ainsi « : Sègo capitale du Bani-
hara , se compose de quatre villes, deux sur la
rive septentrionale , s'appellent Ségo-Koro ^ et
-Ségo-Bou ; les dt'ux sur la rive méridionale,
s'appellent Sego-soi.korro , et Scgo-see-korro,
Toutes sont entourées de grands raurs de terre;
les maisons soîit constiuiies en argile ; elles sont
earrëes et; leurs toits soal plats ; quelques - uué^s
( 63 )
tint deux étages ; plusieurs sont tlanchies. Outre
ces bâlittiens, on trouve dans tous ies quartiers
des mosquées bâlfes par les Maures. Les rues
sont étroites , les voitures à roues inconnues. Sa
population s'élève environ à trente raille habitans;
le roi de Bambara réside constamment à Ségo-
sce-korro , et il emploie un grand nombre d'es-
claves à transporter les habitans d'un cô'é à
l'autre de la rivière. Le salaire qu'ils reçoivent
fournit un revenu considérable ; les canots dont
on fait usage pour ces passages , sont d'une forme
singulière ; ils sont faits avec les troncs de deux
arbres joints bout à bout : de sorte que la jointure
est précisément au milieu ; ils n'ont ni pont , nî
mâts; mais beaucoup de capacité. J'en ai vu qui
traversaient la rivière chargés de quatre chevaux
et de plusieurs personnes.
a En arrivant au passage, fa foule me regardait
en silence ; j'y vis avec inquiétude plusieurs
Maures; je m'assis sur le rivage pour attendre
mon tour el je contemplai cette grande ville ^
ces nombreux canois , cette population active ,
les terres bien cultivées qui s'étendaient au loiîi
et afinonçaient l'opuif^nceel la civilisation.
^> J'attendis plus de deux heures* Le roi Man^^
sofi^é^- Fiit averti que je venais pour le voir, il me
&t dire aussilôi que j« ne serais pas admis en sa
( 64 )
présence , sans qu'il sut ce qui m'amenait en son
pays , qu'il me défendait de passer la rivière. Le
messager qui m'apporta cet ordre , me conseilla
d'aller chercher dans un village qu'il me montra,
wn logement pour la nuit , en me disant que
le lendemain , il m'apporterait de nouvelles
instructions ».
^'est-il pas prouvé par Mur.go Park même ,
que M. Si'^monde de Si.smondi n'a fait que rëpé-
ter les mêmes choses que ce vojageur a vues et
rapportées : Je contemplai^ dit- il , cette grande
ville ^ ces nombreux canots, cette population
active, les terres bien cultivées qui s'éten-
daient au loin et annonçaient l opulence et la
civilisation
Cette défense du roi Mansono; à Mungo Park
de passer la rivière sans qu'il sut les motifs qui
FamenaieMÎ en son pays , ne prouve-t-eîle pas cette
juste défiance que les africains ont des européens;
défia jice qui ne cessera que lorsqu'ils n'auront
plus rien à craindre des injustices, des brigandages
et usurpations detousgeîues de leur part ; et cela
est si vrai , que le lendemain un messager apporta
à Mungo Park un sac contenant 5ooo kauris,
don de la générosité du roi , qui l'invitait en
mem*"' fpaijts de s'éluigner de Ségo ; le messager
avait ordre de le conduire jusqu'à Sansandiîig, si
son intention était d'aller à Jenné. Je ne pus,
dit Mungo Paik, deviner les motifs de cette
conduite \ elle était bien facile cependant à devi-
ner i
teëPi que vient îl donc chercher dans le Bambar^
cet étranger 4 a au dire Mansong ? Quels projets !
Quelles intentions peuvent avoir amener l'homme
blanc de si loin au travers de tant de dangers I
Je ne puis recevoir ce chrétien ^ ni je ne puis violée
les lois de Thospitalité envers lui ; je le renverrai
donc , et en lui faisant un présent et en lui don*
nant un guide poui' le condoire , je satisferais à
la fois à la sûreté de mes peuples et aux lois d©
rhospitalité. Tels sont les modfs qui ont dâ
diriger Mansong dans sa conduite; mais comme
Ja plupart des blancs ne nons jugent qu'avec des
, préventions toujours injustes , ils ne peuvent se
figurer que nous sommes susceptibles de senîî-*
Biens généreux ; car enfin si sa majesté le roi
Mansong avait eu rintenlion de faire du mal à
Mungo Park , qui l'en aurait empêché ?. ...
C'est avec ces mêmes senûmens de prévention
et de haine que ce monstre de Mazères traite de
"vieilles négresses les femmes humaines et chari-
tables qui accueillirent Mungo Paik , lorsqu'il
était mourant de faim et piêî à être dévoré parles
bêtes féroces. Ecouter le propre récit de Monga
Paik et vous allez juger juscp'où peut ailei^
l'atrocité de l'âme d'un ex-colon.
éè Vees le soir ^ dit ce voyageur , j'étais déciâi
m\
. , J1J.T»
( 66
â grimper sur l'arbre pour y passer la nuît à l'ai
des bêfes féroces; déjà j'avais lâche mon cheval >
afin qu'il put paître en liberté , quand une femme ,
qui revenait des champs, s'arrêta pour me regar-
der. Elle s'informe de ma position , je la lui
expose en peu de mots : alors avec un air de
grande compassion , elle prend ma selle et ma
tride , et me fait signe de la suivre ; elle me con-
duit dans sa hutte , allume une lampe » étend une
natte sur le sol et me dit que j'y pouvais passer la
tiuit ; mais elle s'aperçoir que j'ai faim et sofj
aussitôt pour me procurer à manger. Bientôt elle
revient avec un fort beau poisson qu'elle fait griller
à moijîé sur quelques charbons et qu'elle me
donne ensuite pour souper ; puis me montrant ma
îiaîte , ma digne bienfaitrice m'invite à m'y repo-
ser sans crainîe. Les femmes de sa maison n'a-
vaient cessé de me contempler ; elle les rappella
alors au travail » qui consistait à filer du coton.
Pour charmer Fennui de ce travail » elles eurent
recours à des chansons et en improvisèrent même
«ne sur moi, Une fpmme seule chanlaîi d'abord ^
les autres reprenaient en cbtéur. L'air en était
doux et plainJif, les paroles répondaient à celles-
ci. — i 1 es venîs i ugissaient et la pluie tombait. — .
Le pauvre hoîi;tme blanc, faible et fatigué, vint
'-ex s'assit sous notre arbre. -^ Il n'a point de mèr«
( 67 )
p©ur luî apporter du lait , point de femme poue
moudre son grain, ^ Chœur — Ayons pilië de
l'homme blanc , il n'a point de mère. etc. etc. n
Ces détails minutieux pour le lecteur , donneront
peut-être une idée de la position cruelle où je me
trouvais. Emu d'une bonté si touchante , si ines-
pérée, je ne pus fermer les yeux. Le malin je
donnai à ma généreuse hôiesse deux des quatre
boulons de cuivre qui restaient à ma veste» c'étail
le seul don que j'eusse à luî offrir >i.
Ames sensibles, vous qui n'êtes point dominées
par d'injustes préjugés , n'abhorrez-vous pas le
vil calomniateur de ces femmes bienfaisantes 2 ,
Poursuivons , c'est par Mungo Park même
que je vai% confondre Mazères.
«c Je partis » dit ce voyageur, du village le 24».
et , accompagné de mon guide , je passai vers
huit heures par une grande ville appel lëe Kahba,
située au milieu d'un beau pays, très bien cultivé,
et ressemblant pîaiôt à l'intérieur de l'Angieterreg
qu'à celui de l'Afrique. » Je le demande à tous les
hommes sans préventions , si Mungo Park avait
eu à décrire l'Angleterre ou tout autre pays
çivi'isé de i'Euiope , se serait-il exprimé diffé-
remment ?
Mungo Paik dirigeant sa route vers Tom-
buctou a qu'il devait atteindre pour couronnejî le
lU
\\ i
( 68 )
gorcês âe son voyage , passa par Sansanâing ,
Siblli , Nyara , Nyamee , Mouzzan rt Sllla,
touies ces villes plus ou moins grandes soni iiès-
peuplëes et très fréquentées par Jes Maures, qui
y apportent du sel , de la veiTOteiie et du coiaii ,
qu'ils échaiigent ( onire de la poudre d'or et de ia
toile de colon , qu'ils revendent à un très-grand
bénéfice à Burou et dans le pays des Maures,
Silla fut ie dernier terme où s'arrêta Mungo
Paik; la maladie Ja fatigue , la saison despluies,
les marais inondés , et la crainte de voyager dans
un pays influencé par les Maures , qui ne veu»
lent pas voir les chrétiens ; tous ces obstacles le
eontraignîrent de retourner sur ses pas , vers ia
Gambie , par la même route qu'il était venu.
Avant de quitter Silla , il prit des renseigne-
mens sur le cours ultérieur du Niger , sur la situa-
tion et l'étendue des royaumes qui 1 avoisinent ;
sur les villes de Jtnné, Tomhuctou, Eoussa,
qui sont les plus considérables de l'Afrique ,
«i encore inconnues aux européens.
Etant arrivé aux environs de Ségo , il se détef»
mina à remonler îeN'ger, afin de savoir jusqu'oii
îi éîaiî navigable dans celle diredion.
Il continua à remonter le Niger, dans un
pays populeux et bien cnliivé ; il passa à Ka-
viallaj ville muiée, sans s'y aiiêicrj il uaversa
f 69 )
encore Samèe , où se lient un grand marcbé
de bëiail, de toile ei de grain ; il ira versa une
grande viile appellëe Scil ^ qui excita sa cario
silë ; elle est ceiîite de deux fosses tiès-profonds,
ëloignës d'environ cent toises de ses mars;
sur le haut des tranchëes sont plusieurs tours
carrëes ; le tout offïe Faspect d'une foriificatioîi
régulière.
Le 20, il entra au coucîier du soleil dans Kouli*
liorro, Ville considérable et grand marche de sel-
Le 21 Août, après avoir traversé les villages de
Kayou et ToulumboUj il arriva à Marrahou ^
ville célèbre par son commerce de sel. Le 28 , ii
était à Bammakou , ville du mojen ordre j dont
les habitans sont très-riches.
Dans les environs de Sihldoulou ^ îî fut dé-
pouillé par des voleurs ; arrivé dans cette ville^
Mungo Park porta ses plaintes au Mansa ou
gouverneur , qu'il avait ëlë voîé. Voici les propres
expressions de Muîiga Paik : « A peine j'eus
fini, qu'ôtant sa pipe de sa bouche , il agita avec
indignation la man( he de son vêtement. Asseyez-
vous, me dit il, tout vous sera rendu , je Tai )uré:
puis s'aJi'Pssant à un serviteur , domiez, dit il , à
rhomiïie blanc, de l'eàu à boire. Au point du
jour vous irez sur les monta2:nes et vous infor-
merez le doutj £ le juge j de Bammakou^ qu'un
paavre bîanc , réîrangtr du roî de Bamhara ^ a
été voie par les gens du roi de Fouladou ».
Le Mansa iisvha ensuite Mungo Paik à
rester avec lui jiisqu*au retour du messager. Il le
fit conduire dans son logement et lui envuj^a des
elimens;mais la foule qui s'assemblait j^îour le
voir, qui prenait piiié de Mungo Psik et mau-
dissait hsFouIahs de l'avoir volé, l'empêcha de
dormir avant minuit. Mungo Paik ne voulant
point abuser de la générosité du Marna, lui de-
manda la permission de partir. Le Marisa l'en-
gagea d'aller jmqu'à FF'onda , où il lui piomit
qu'il aurait des nouvelles de ses effets qui
livaienî été volé,
« TVonda * où j'arrivai le 3o » dit Mungo
Park, est une p^^liîe ville près d'une haute mon-
tagne , où Ton trouve utie mosquée. Le Mansa
qui était mahométan . itîmplissait les deux fonc-
tions de premier magistrat et de ruaîlre d'école
pour les enfans. Il tenait son école dans un han-
gar ouvert 9 où je pris ma demeure. D^^pnij* long-»
temps je ressentais des accès de fièvre» qui redou-
blèrent pendani mon séjour à Wonda. Mon hôte
s'en aperçut et s'en inquiéia , car il eut été obligé,
dans i'eoî de maladie où j'étais , de me garder
jus(ju"à ce (jie je me guérisse ou mourusse rt,
X® 6 Septembre > deux personnes à^Sihldcii^
tou ramenèrent à Mungo Parle son cheval, seô
habits et sa boussole , qui avaient étë volés par les
gens du Fonladou. Le 8 de Septembre , au mo-
ment de son départ » le Mansa donna à Mungo
Parken témoignage de souvenir, sa lance et un
sac de cuir pour contenir ses habits. Je convertis ,
dit41 , mes bottes en sandales et je marchai
facilementf
Je le demande aux nombreux lecteurs d^
Mungo Park , reconnaît-on à ce rëcît, ces afri-
cains slupides , féroces et barbares , tels qu'ils sont
dépeints par Mazères. Dans quel pays de TEu^
rope où la police y est la mieux exercée , Ton
aurait pu contraindre à des voleurs de remettre
des effets volés ^ et où Ton aurait accueilli avec
plus d*huraanîté et d'hospiîalilé un malheureux
voyageur ?
Mazères n'est>îl pas convaincu d'imposture el '
de caloj>nie, et M. Sisruonde de Sismondi n'esl-il
pas pleinement jusnfié d'avoir écrit que TAfriqu©
est habitée par une race d hommes , nombreuse ,
active, indusîiîeuse et accoutumé au commerce I
K'esî-ii pas prouvé que dans r.n pays où il y a
d*anssî grandes villes, aussi proche l'une de l'autre
et de nombreux villages, que ce pays doit avoîc
une population considérable ? N'est il pas prouvé
c^ue dans tous les pays où les campagnes sont bîea
'!'^ t
ëu\iwéek , que nécessaiiement il doit y exister d^
lindustrie, de lac iv té et du commerce ?
Il ma suffit de citer encore quelques passages
de IVlungoFark, et j aurai achevé de confondre
les impostures de M' îzères.
« Les mandingues sont les plus nombreux
habita ns des cariions qu'a parcourus M. Park s
leur langue est parlée, ou du moins entendue dans
toute celle partis du continent,
» On croit que ces peuples portent le nom ds
Mandingues , parce que leurs pères sont sortis
du Mandlng, qui est au centre de T Afrique. Mais,
loin d'imiter le gouvernement républicain de leuE
ancienne patrie , ils n'ont formé dans le voisinage
de la Gambie que des états monarchiques Cepen-
dant ie pouvoir de leurs rois ri est pas illimité : dans
les aft'^aires importantes, ils sont obligés de convo^»
quer une assemblée des plus sages vieillards , d©
se diriger par leurs conseils : ils ne peuvent , sans
leur assentiment , déclarer la guerre ou conclure
la paix.
v> 11 y a dans toutes les grandes villes un Alkaïct
dont la place est héréditaire. Il maintient l'ordre «
perçoit les droits imposés aux voyageurs et préside
à radfninistration de la justice.
» ta juridiction est composée de vieillards de
condition
< 73 )
/condition libre : leur assemblée s*a|5pelle un pata^
ver» Ses sé^inces se tiennent en plein air, avec laà
plus grande solennité. Là, les affaires sont examî-*
nées avec franchise ^ les témoins publiquemenî
entendus , et les décisions des juges presque loii-*
jours reçues avec l'approbation générale. Les
nègres, n'ayant point de langue écrite, jugent leâ
affaires d'après leurs anciennes coutumes; mais
depuis que rislamisrae a fait des progrès parmi
eux , plusieurs institutions civiles du prophète se
sont introduites avec les préceptes religieux , et ^
lorsque le koran n'est pas assez clair , ils ont
recours à un commentaire intitulé al scharra qui
contient une exposition complète et méthodique
des lois civiles et criminelles de l'Islamisme*
M. Si monde de Sismondi a donc eu encore raî*'
son de dire que la propriété j était assurée , la via
civile y esî garantie, la justice y est admirvistrée
avec sagesse, et le gouvernemeiu y est respecté. Et
Mazéres est donc un infâme calomniateur pou0
avoir affirmé que ers peuples étaient stupides èl
féroces , et que la barbarie élait inhérente à
l'Afrique ?
Il n'y a pas de doute que les peuples de l'Aft ï^
que sont infiniment plus avancés que les naiurelf
de l'Amérique , et que ceux §itués au nord et^ aa
levant de l'Europe, R
WA
^^ Xes mexicains faisaient , H est vraî , des calcul
^vec des c/ulpos , espèces de noeuds ou à'hiéro''^
filyphes ,qui leur servaîenr à mesurer le temps,
■comme les romains s'éiaient servis pendant long-
temps dé clous pour marquer leur lustre; mais les
mexicains ne savaient pas écrire ni chiffrer , et ils
lie connaissaîenî même pas Fusage du fer; au lieu
t|tïe les africains possèdent récriture et le calcul,
manufricuirent le fer , les toiles , tannent les cuirs,
^ èiîfîn, sont bien plus civilisés qu'étaient les na-
turels'dô -rAmérique (i).
// n existe , dit Mazères , rien de comparable
^âuns haute T Afrique , à la chaussée construite
5wr îè lac Mexico : oui , mais il n'existe non
plus lien chez les iroquois et les esquimaux qui
soit comparable aux grandes villes , à ia police
et à la culture de l'Afrique , et quand aux ruines
du Mexique , je ne crois pas qu'elles puissent être
comparées aux fameuses ruines de l'Egypte eî
de Garlhage.
Pûuiquoi vouloir établir le parallèle entre les
peuples les plus éclairés de FAmérique avec les
peuples les plus ignoians de l'Afrique ? Pourquoi
ne pas com,.arer les mexicains aux égyptiens ,
les iroquois et les escjuimaux aux peuples du Zan-
(i) Les afi-irains se servent de rérriture et des chiffres
arabes j C3b cliiiTxes sont en wfiage clcws toute fEurope,
( 75 >
guebar et du Monomotapa , qui sont à peu pre^
aussi sauvages les uns que les auîre^ ? Pourquoi
vouloir toujours prendre des degrés de comparai-
son dans des objeis qui n'ont aucune ressem-
blance , ni aucuns rapports entr'eux , pour ap-
puyer sesargumens sophistiques? n'est-ce point
là les preuves les plus manifestes de l'insigna
mauvaise fui des ex colons î
Je ne parlerai pas de ces peuples du Nord /tek
que les laponois, les samoyedës;ceux du levant, tels
que les raingieliens , les mongals , les tartares da
la Bessarabie. Tout le monde sait qu'ils ne sont
pas plus avancés dans la civilisation que les peu-
ples du Zangoebar, du Congo, de la Nigritie,
etc. ces peuples du nord et du levant sont blancs
cependant , et Mazères n'en parle pas. Il y a près
de six mille ans que le monde existe , et ils sont
demeurés stationnaires dans leur ignorance pri-
mitive ; sont'-ils aussi d'une espèce inférieure à ia
sienne , ou la barbarie est elle aussi inhérente à
leur sol ? ... .
Non-seulement les africains sont plus avancés
actuellement dans la civilisation que les mexicains
lors de la découverte de T Amérique , mais ils sont
encore beaucoup plus civilisés que ne l'étaient
les français au sixième siècle. Nous même enfin^
4ilM. de GliaLeaubiiaiilsdansle Génie du Gbria*
1 • i.
^^H,
^^H ' jMP'''!P
( 76 )
tianîsme , ne sommes-nous pas un exemph
frappant de la rapidité avec la quelle les peu-^
pies se civilisèrent ? il ny a guère plus de
douze siècles que nos ancêtres étaient aussi
barbares queleshottentots, et nous surpas*
sons aujourd'hui la Grèce dans tous les raffi-^
nemens du goût , du luxe et des arts (i).
N'esr-il pas bien ëtonnanl que c'est à peine
sorti du gouffre d'une révolution terrible qui a
ébranle le monde par ses secousses et failli entrai
lier la France à deux doigts de sa perte ? NVs -il
pas bien étonnant, dis-Je , que les français raison-
nent toujours avec autant de facilité et de légè^
reté sur les grands désastres qui ont de tout temps
affligé l'univers ?
Si les puissances alliées de TEuropp avaient
détruit Paris, comme les romains ont détruit Car-
SÎiage, si leur invasion avait été semblable à celle
de cette nuée de vandales, de goîhs, daîains
mï de huns ; si au !îf u de Souverains magna-
ïiîmes , ils n'avaient trouvé que des farouches
conquérans. tels que les Agaric, les Genséric et
les Attila , les français seraient aujourd'hui beau-
(1) Les ex-Colons ne recuserort pas sans doute laiitorîtâ
de M> de Cïiateaubriaiit , minisUç de la Maison du Roi d^
( 77 )
coup pins cîrconspecrs , et ils ne dîscoureraîent
pas si à leur aise et avec autant de frivolité sur
Thistoire du genre humain.
Thèbes, Memphis^ Babjlone, Aihènes, ces
vilies célèbres ne sont plus ! A peine trouve-t oîi
les traces qui attestent leur existence , et !es débris
des monumens qui faisaient leur orgueil ; elles
sont tombées , ces villes superbes et opulenîes ,
sous les coups des barbares , des revoîutioîîs et du
tempsi Paris, ville présomptueuse Isecroi-eUe^erje
exempte de cette loi du sort r uîj jour | tu.* -être ,
le voyageur cherchera en vain b.uv b-s rives de la
Seine , la place où elle aura exiscée ; au lieu de ses
monumens, il ne trouvera |;aimi des ronces et des
épines que de faibles restes de son atchiîecture.
Qiie ces débris seront loin d'égaler les fameuses
ruines des égypiiers ! Quelle faible idée se for-
mera ce vojagnu' de îa puissance , des sciences
jet des arts des français î
Alors la vieille Europe blasée par des siècles de
lumière et de civilisation retournera dans la bar-
barie , dans l'état de nature et d'ignorance , jus-
qu'à ce que le temps et le concours des circons-
tances aient réunis et formés de nouveaux été-
mens pour îa rappelier encore à îa civilisation.
Alors peut-être, après un long repos, l'Afrique
raehauffée et rajçunie aura recueilli as&tz da
( 78 î
forces et de facultés pour occuper la scène du
monde, en sVlançaat de nouveau, et peu -être
encore avec plus de vigueur, dans la carrière de
la civilisation et des lumières,
La dorëe des en:ipires comme l'existence des
hommes sont mesurées par laibitre suprême de
Fonivers ; au bout du tenue , lorsqu'ils ont at-
teint l'ëtar de vieillesse et de vétusté, ils meurent
et renaissent ensuite comme les autres produc-
tions de la nature.
Ce ne sont pas les mêmes empires ni les mêmes
hommes qui renaissent , mais c'est toujours la
même répétition, des empires et des honifnes;
Êelte vëriié devient encore plus frappante , lors-
qu'on considère Texisteoce , la durée , et la suc-
cession des peuples qui se sont légués tour à tour
la puissance et [et lumières comme un héritage ,
dont la possession dei'ait être transmissibie à
d'autres peuples. L'Empire Grec a du{é près de
onze siècles; l'Empire Romain , ie plus puissant
qui ait jaraais»existé, près de cinq siècles; celui d'A-
lexandre n'a dure que pendant sa vie seulement :
voilà près de 1400 ans que la monarchie française
subsiste ; la France a dépassé son zéoilh , elle se
précipite a grands pas dans la nuit de l'ignorance^
ii'est-il pas lemps qt^elle transmette à d'autres
peuples rhaiilage qu 'dilc a reçu des romains ?
t 79 î
'Je croîs avoir suffisamment rëFaté les so#
pVismes, lesabsnrdilës et les calomnies de l'ex-
èolon Mazères sur les noirs et les blancs , et la
civilisation de TAfiique.
Je demande aux hommes impartiaux, que
lui reste-l-il de son ralsonneaient ignoble , de
toutes ses calomnies , de toutes ses impostures g
pour ravaler et dénigrer l'espèce humaine ? un
opprobre éternel î Mais que fait la honte et Fin-
famie pour un ex-colon ? Que fait rexëcralion
coî^temporaine et future pour des monstres qui
disent ouvertement qu ils ne sont pas philanfropes,
et qu'ils ne se donnent pas si facilement à cette
bienveillance pour le genre humain ? Qu'importe
à ces fléaux de la société de corrompre toutes les
sources de la morale par des calomnies et des im-»^
postures les plus atroces, pourvu qu'ils aient des
hommes '^ onr esclaves , pourvu qu'ils aient des
îioirs pour extraire de For de leur sang , afin d©
satisfaire leur avarice et leur cupidité insatiable l
L'on s'indic^ne de voir en ex colon, un fat,
un présomptueux , tel que Mazères , prendre le
ton de l'ironie pour faire des menaces et des
insultes aux phllantropes ; mais que peuvent faire
suc ces hommes verîueox , les sarcasmes et ks
injures de ce vil suppôt du crime et de Tescla-
vage ? De tous les temps , la philosophie goîh*
•f
( Bo )
p^^ne ndèle de la phiîantropîe , et celîe-cî d* fa
lib^^ilé et du bonheur des hommes , ont éié les
objets de la haine et de la persëcuticn des tyrans;
je vois Socrate buvant la ciguë pour avoir prêche
la morale aux athéniens ; je vois ouvi ir les veines
et couler le sang de Sënèque et de Thraséas,
pour avoir résisté à la corruption; malgré tous
les efforts des tyrans, je vois que la sainte philo-
sophie est éternelle ; le désir d'étudier ce qui est
bon et ud'e à ses semblables est inné dans le
cœur de Thumme !
Généreux Si^moiîdede Sîsmondï ! philantrope
vertueux î consoit-z-vuus î vous pouvez braver ,
cofî^me ces martyrs de !a philosophie , les me-
naces et les injures des ex-co'ons l Oui , sans doute^
c'est un beau rô'e, bien noble et bien digne de
vous , que de plaider pour le genre hnmairi
touf entie> î avec des tâîens supérieurs et la bonté
de votre cœ ir , vous pouvez conlrihuer puissam-
ment aux sucf:ès de la grande cause de l'ha-
manité l
Q j'importe fe pays que vous habitez ; qu'importe
la naiion à rji>i vouh appartenez , avdnt tout , vous
êtes hommes , vous vous devez au genre humain et
à Dieu î Qui ne s'ordotine pas, dit M. Bernardin de
St-Piei'ie, à sa patrie 5 sa patrie au genre Immain,
et-
E 8» f
et 1-e genre humain à Dieu, n'a pas plus connu lea
lois de la politique que celui qui , se faisant unf
physique pour lui seul , et sëparanî ses ''elationg
personnelles d'avec les élémens , la terre et lo
soleil, n'aurait pas connu les lois de la narure, »
C'est avec les mêuies senlimens , mais avec de
plus faible moyens, que j'ai commencé d'abord
par défendre la cause des africains mes ancêtres g
avant que de discuter les droits des hayïiens mes
compatriotes ; J'ai osé me traîner sur les traces de
ces hommes célèbres et bienfaisans pour plaidee
la grande cause de f humanité , celle de mes
semblables, tant de fois dégradée et avilie Ah!
si le cœur des hommes n'est pas totalement ferm^
à tout sentiment d'humanité et de justice , raa
faible voix sera écoutée sans doute , je n'aurai
pas en vain imploré l'humanité, l'équité et la
bienveillance des européens !
C'est de mon pays maintenant dont je vais
parler ; c'est d'un peuple infortuné qui a génaî
pendant plus de ï5o ans dans le plus barbare
esclavage , qui est parvenu par sa constance , sa
valeur et son courage , à conquérir sa liberté el
son indépendance. Quel sujet plus sublima , plus
vaste , plus fécond , plas digne ^ d'occuper la
plume d'un patriote I
m
t 82 1
Saîat ferre heureuse î terre de prf^diîec-
fion ! O Rayù ! O ma patrie ! seul asile de la
Bbertë, où fhouime noir puisse lever la tête»
Jouir et contempler les bienfaits du père universel,
des hommes, salut î
Témoin des faits que je vais rapporter, à
Tappui de mes assertions , je n'aurai plus besoin
d'emprunter le témoignage d'autrui , de fouiller
dans les relalions des voyageurs » pour garantir
leur authenticité. C'est comme hajrien , et des-
cendant d'africain , que je vais répondre aux
infâmes calomnies de Mazères , sur a*on auguste
Souverain « mes compatriotes et mon pays,
« Après avoir parlé de l'Afrique [dit MszèresJ
à M. Si^nionde de Sii mondi , comme on parlerait
a peine des parii<-s les plus civilisées et les plus
biiHanîes de lEurope , vous dissertez sur Saint-
Domingue , d'un ton plus ^dmîratif encore ; jouet
ainsi d'une crédiiljJé, qui serait inexplicable dans
1311 homme comme vous , sans les préventions
qm vous subjuguent , c'est dans les gazettes fa-
briquées à Londres , par les agens de Christophe
fie Roi ] que vous prenez et que vous adoptez,
les élémens d'une opinion , dont les bases sont
toutes hypothétiques ou supposées. »
Ne voit-on pas dans ce passage, le œêmô
fsprit de haiae et de prsv^niioa cjui a diiigé
î 83 5
la plume de Mazères contre les africains 4 e^ tpî
raïuiïie encore avec plus de violence contre les
hajtiens ? Wy découvre-t-on pas la mauvaise foi
la plus insigne , toute la méchanceté et ratrocité
de Târaed un eX' colon.
L'opinion de M. Sismonde de Sismondi , sui?
Hayti , bien loin d'êire fondée sur des bases hj-
poîhëtiques ou supposées, comme le prétend cel
imposteur , repose sur la plus exacte vérité , sue
des faits et des exemples vivans. Nous en appelons
fiux témoignages des éuangers qui fiéquentenfe
nos ports , et qui ont visité l'intérieur du royaume j
ne sommes-nous pas constitues et org^ î S
comme les naâons civilisées de 1 Europe? N'ag-
irons nous pas un gouvernement stable et monar-
chique, une charte consti(uiionnelle , des institu-
tions et drs lois ? La justice n'esî-elîe pas admî-*
nistrée avec in(égriié ? îSos armées nombreuses
et aguerries » ne sont-elles pas aussi bien disci^
plinees que les prt^mières liou|>es du monde ?
N'avons nous pas élevé' des citadelles impré*
1 ables , c(ifistrtîitps dans toutes les »èg'es de Vdit^
c a >s dei lieux inaccessîb''e5i, où il a fallu surmon**
1er tous les obsracles , en faisant des îravaux da
romains? N'av -ns-nous pas bâti des pala s , des
ërafic-es publics» qui font la .gloire de noue pajs et
Vadmiiaiioivdes étrangers? N'avons noua pas des
'm\
r 84 1
manufactures de poudre et de salpêtre ? La
inàsse de notre population n'est-eiie pas entière-
menî livrée à l'agriculture et au commerce ? Nos
marins ne peuvent - ils pas traverser la vaste
étendue des mers , et ne n'aviguent ils pas avec
habileté sur nos côtes , sur les plus grands bâtî-
meos^ Nous écrivons et nous imprimons. Encore
dans son enfance , notre nation a eu déjà des
ëcri vains et des poètes , qui ont défendu sa cause
et célébré sa gloire. A la vérité Ton n'a point
trotivé dans eux la plume des Voltaire\ des
Rousseau et des De Lille, mais nous n'avons pas
encore vécus comme leur najion , mille ans en
civilisaîion; nous avons donc tout lieu de ne pas
nou désespérer nous avons égalemeni
fait des essais dans les beaux arts , et nous
nous sommes convaincus , qu'il ne nous man-
quait que des maîtres habiles , pour avoir bien-
tôt nos Lepoussin » nos Mignard , nos Rameaux
et no:-. G'-Hfy , etc. Enfin l'expérience a prouvé
eu monde que les noirs comme les blancs avaieni;
îa même aptiiude aux sciences et aux arts par les
pi'Oû^rès immenses que nous avons faits dans les
lumières et la civilisation. Parcourez Thistoire du
genre humain , Jamais vit-on un pareil prodige
dans le mcwide j que les ennemis des noirs citent
ua ssul exemple d'aucun peuple qui se soit troavé
r 85 j
dans une situation semblable à la nôlre » et qui ajit
fait de o'us grindes en >,6h que nous dans moins
d'un quarf de sècie; noïi-seulement le peuple
haïtien s*est acjuis des dio<s immottels i Tadmi-
râtiixj a. 1 univers et de la postédté , mais encore
il a arquis d auires tiires à la gloire qui railile en
sa ferveur , pour s*ctre élevé de lui-même , du sein
de rignorance et de Tesdavage» au faite de la
gloire et de la prospérité , où il est maintenant
parvenu î Ce n'est donc point par esprit de pré-
ventîon ^ni sur les gazettes fabriquées à Londres,
comme le prétend ce fourbe de Mazères, que
M Si«monde de Sismondi , a puisé les élémens
qui fondent son opinion sur les haylîens , mais
bien sur des faits notoires , sur des pièces réJigées
et imprimées à Hayti , par des ha jtiens ; tout le
monde civilisé en est instruit , il n'y a que les
eX'Colons seuls qui ont la scélératesse d'en douter,
tant ils sont dominés par les passions effrénées
qui les subinguent î
Je ne m'appesantirai pas sur les outrages que
Mazères vomit dans sa rage, contre mon au-
guste Souverain , mes compatriotes et mon pays;
je pourrai facilement lui rendre outrage pour
outrage; le champ en est va^?e et fertile; son
souverain et sa nation donnent tant 4u ridicule 5
ses fureQrs bailescjues , ses e:^pr2ssions igiiobies 51
r 85 ]
Semontrent la bassesse de son âme , et m^ntenl
te plus profond mépris de ma part. Sans Timpé-
rieuse nécessite , je le répète » où je suis de
défendre la cause de mes semblables, tant de fois
'humiliés et dégradés par ces éternels ennemis
du genre humain , j'aurai cru m'avilir , si je
n'écrivais que pour répondre à un ex-colon tel
que ce Mazères couvert de crimes et d'ignominie.
Sans m'arrêter donc sur ses invectives, je pour*
suis la tâche que j'ai entreprise.
« Après vingt ans, d'erreurs et de leçons ^
dît-il , vous ne vojez qu'un beau spectacle dans
ce qui se passe à Hajti. »
Oui , Mazères ; le p!us beau et le plus digne
d'attirer les regards et les méditalioos du phi-
losophe.
L'orgueil , les préjugés , l'avarice des plan-
îeurs, avaient fait de Thomme noù\ une espèce
particulière et distincte de l'homme blanc ç
notre race avilie et dégradée par eux, ï\i\ assimilée
au rang de iorangoutang: (ont en faisant Té-
preuve de nos forces , en nous écrasant de tra-
vaux forcés, ils soutenaient, par un rai-onne-
inent sophistique et absurde, que nous leurs étions
inférieurs en facultés physiques et m ^ral^s, et sue
cette prétendue infériorité , ils s'arrogèrent le
diQÎt banbare ds nous iéi\m% dans en perpé-
C 87 3
taeï esclavage , et de nous traiter comme les plot
vils animaux. Quel ëvëneraent plus glorieux »
plus digne de fixer fairenlion du monde, que
celui qui a renversé par des faits et des exemples
vîvans, tout réchafaudage du crime et du men^
songe ërevë par eux depuis des siècles contre l'es-
pèce humaine î Grand Dieu ! que tes œuvres sont
grands! C'est du sein d'un troupeau d'esdaves ,
que ta toute puissance forma les ëlëmens néces-
saires pour venger tes divines lois ! tu soufflas
dans nos cœurs le feu divin de la liberté; soudaiï?5
nos chaînes furent brisées , nos oppresseurs dis-
parurent de notre sol , et lenis préjuges et leur
orgueil furent confondus pour jamais ! Ex colons,
êîressuperbps et orgueilleux , reconnaissez done
dans ce qui se passe à Hajtî , la main divine et
toute puissante qui vous châtie î Htsmiliez- vous
donc, fléchissez vos genoux , au devant des dé-
crets du père univer&el des hommes , que vous
avez trop loiig-ïemps méconnus et outragés î
Mais non , leur orgueil est indomptable ! sem-^
blables è ces esprifs infernaux dans leurs affreux
conciliabules , tels qu'ils nous sont dépeints pac
l'immortel Milmn , api es leur chute, les ex colons,
quoique vaincus , foudroj^és eî précipités dans
i abîme, cherchent encore partout les moyens-
gui Jeuc sont suggérés pac i^ars méciiaoteîés à
C 88 3
Se ressaisir de l'empire , qu'an Dîeu Juste el
ïënumérateur leur a fait perdre pour jamais.
» Vous vous empressez de reconiiaîire ( dît
Mazères le Belzëbuih colon ) comme légitime ce ri-
dicule sou verain, qu^aucune puissance européenne
n'a encore reconnu. Vous déclarez assez formelle-
ment !a Colonie de Saini-Domingue indépendante
par le droit , comme par le fait et consacrez à
la fois en faveur d'un brigand heureux , la
déchéance de la France , souveraine légiiime de
la colonie , et cette maxime subversive du repos
des peuplés :
Le premier qui fut Roi fut un soldat heureux ».
Et moi j'ajoure le complëmeri} de la phrase que
Mazères évife.
Qui sert bien SQn\ pays n'a pas besoin d'ayeux.
Je réponds d'abord à Mazères , que cette
roasime subversive du repos des peuples, n'est pas
de M. Sismonde de Sismondi , m de Monsieur 1©
€omte de Lunonade , mais elle est bien du grand
homme , dont Mazères s'est servi de l'auiorité
pour prouver que les blancs , les nègres , les
albinos, les hoiienîois, les chinois, les américains
étaient de races différentes. Par respect ^«our ML.
de Voltaire ^ je a'ai pas essajé de relever cette
errçar^
■B
erreur , maïs îl me semble que Mazèi*es quî s'est
servi de son autorité pour nous combattre , aurait
<Jû au moins respecter les maximes politiques
de ce grand homme; car s'il le récuse lorsqu'il
nous est favorable , j'aurai aussi le droit de le
récuser lorsqu'il est en notre défaveur ; maïs c©
sont de ces inconséquences que je passe volon*»
tiers à cet ex-colon i il aurait dû songer que
M. de Voltaire avait exprimé ailleors et avea
noblesse les mêmes sentîmeos de philosophie , eS
qu'il n'était pas toujours en fai'eur des orgueilieus:»
Cet insecte insensible enseveli sens Tlierbe ;
Cet aigle audacieux qui piâne au haut du ciel,
îlentrent dans le néant aux yeux da Véternel ;
Les mortels sont égaux ; ce n'est point la naissance,
C'est la seule vertu qui fait leur différence j
ÎI est de ces mortels favorisés des cîeux ,
Qui sont tout par eux-mêmes , et rien par leurs ajeoK.
\ S:ins adopter ni rejelter ces senfimens , je
pense qu'un souverain , tel que Sa Majesté Henvy
T^ , roi d'Hajtî , qui a été placé sur son irôn©
par le choix unanime et par l'amour de soa
peuple, qui a consiamment combattu pour sa
liberté et son indépendance , qui a su vaincre ses
ennemis , qui i ègne avec sagesse et gloire ; je crois^
dis je, qu'an tel souverain n'est point dutotit ridi-
[ go I ^
Cîuîe, comme le prétend Mazères, et qu'il esl
pour le moins aussi lëgiliiïie el aussi grand qu'un
souverain qui ne serait rien \mv lui-même , mais
tout par ses a jeux ; si Mazéres a voulu nous mys-
tifier en insultant notre auguste Souverain, il me
serait facile de le mystifier lui-même par de cer-
laines allusions qui ne mettraient pas les rieurs de
son côtf^ ; je pourrai lui dire que le roi Henry est
Un des plus beaux hommes du Nouveau Monde,
qu'il est le modèle des guerriers , franc , généreux
et intrépide, sobre, actif et înfaiigabte , qu'à ses
qualités guerrières il joint îa sagesse d'un législa-
teur et toutes les vertus d'un bon el grand Roi ;
qu'il est religieux sans être bigot , qu'il sait parfai-
tement que tous les hommes peuvent adorer Dieu ,
chacun en leur manière , sans cesser pour cela
d'êîre de bons et de fidèles citoyens ; que son
amoorpourson paysetspn patriotisme est si grand
qu'il s'oublie toujours pour ne penser qu'aux vrais
întéreis de son peuple , et que le roi Henry Y^
bien loin de ressembler à ; mais je m'arrêfe ;
la circonEpeclion et le respect que je porte aux
tel es couronnées , m'empêchent de poursuivre. ,.
Ce serait vouloir encore mystifier Mazères , sî
je voulais argumenter avec lui , pour prouver
notre indépendance de fait, malgré toute son
înciéduliié , il ne peut douter de cette fatale
[ 9ï 3
vérité ; la question de tait étant donc reconnue ^
bon gré ou n:ialgré par eux , il ne s'agit plus que
de discuter la ([uestioii de diuii , et si la justice et
Téquiié doivent la résoudre , elle le sera encora
en noti-e faveur.
Si rinjustice , la mauvaise foi , les cruautés de
tous genres , donnent des droits à ceux qui les
ont éprouvés , contre ceux qui les ont exercés ,
quel peuple à jamais eu plus de droit à i mdépen-
dance que le peuple hajtien ?
Ce serait ici le lieu de fairs le tableau de la
situation déplorable où nous étions plongés sous
TaFfreux régime colonial , en faisant la nomen-
clature des crimes innombiables des ex colons ;
mais cela m'entraînerait trop loin : je renvois mes
lecteurs au Système Colonial Dévoilé , où j'ai
à€\k traité ce sujet horrible : hélas î avec tout le
• désir c[ue j'c^i d'êire vrai et d'être utile à la cause
de l'humanité ; pourrai je dépeindre aux yeux de
îxjeri lecteurs toutes les horreurs de l'esr'avage 1
Iraije exhumer les cadavres de mes infortunée
compatriotes , qu'ils ont fait enterrer vivans , pouf
îiUerroger leurs mâmes et é|^.ouvan!er les humains
par se réc'r horrible des crimes de ce^ monrAres ?
Mais r|v/ai je besoin de tracer ee.s horreurs 1
Mazères qui est un de ces ex-çolorj£ féroces les
îgnoi'S-t-ii ? Lui qui les a iris en pratique dès soii
■ ^^■11^
Z 9^ j
plus bas 5ge ; Inî qui dès son enfance s'exerçait
à touimenter les petits noirs de son habitation .
Juî qui , avec le lait qui l'a nourri , apprit à devenir
impitoyable et à étouffer dans son cœur barbare
îout sentiment dliumanile ; a - 1 ~ il besoin que je
ïui fasse la description des horribles supplices que
lui et ses pareils avaient coutume d'infliger à
leurs infortune's esclaves r Certes , il n'en a pas
besoin , il les connaît mieux que moi , e». son cœur
de bronze , bien loin de s'apitoyer , s'en r^jodiraii:
encore î
Souvent je me suis fait cette question , quels
droits les ex-colons avaient-ils donc de torturer
BÎnsi leurs infortunes esclaves ? Quoi ? y aurait-il
dans ce monde comme dans lautre une race de
bourreaux destine'e à tourmenter les humains ?
les ex • colons sont ils sur la terre , ce que
sont les démons dans Tcnfer ? mais il n y a ,
ÎI18 disais je, que les criminels qui soient con-
damnés aux flammes éternelles , et les innocens
sont ici bas condamnes , pendant leurs vies
entières , aux plus horribles supplices ; non , me
disais-je encore, c'est calomnier un Dien juste, bon
et bienfaisant ; c'est une impiété que d'atiribuer à
l'auteur universel nos cruels iuforiunes ; Tes^la-
Tage est l'ouvrage des hommes corrompus et
médiane 5 c'est la plais la plus affieiise qui ait
y
[ 9^ ] ^
jamais désole rhumaaitë ; c'est le droit que s'est
aiTOgé le plus fort sur le plus faible , du plus riiàé
sur le plus ignorajit ; or , si les hommes r,e sop.t
arrogé le droit de réduire d'autres hommes dans
3e plus baibaie esclavage > ceux ci n'auraient iis
pas le droit de briser leurs fers ? Qaoi ? vous pour-
riez me priver de la liberté , me ravir le plus
précieux de tous les biens ; vous pourriez me
charger d'indignes fers , et moi , votre frère et
votre semblable , je ne pourrai pas révendicper
les droits que Je tiens de Dieu seul , que nul ne
peu^ me ravir ; je ne pourrais pas , dis-je , briser
mes chaînes , et vous accabler de leurs propres
poids ; quelle logique abominable ! quelle
affreuse moralité .' que de vouloir admettre en
principe que k liberté est un mal , et que Fescla-
vage est un bien ; de vouloir persuader aux
hommes que les uns auraient le droit de réduire
îes autres dans un perpétuel esclavage , sans que
ceux-ci n'auraient le droit de pouvoir jamais en
sortir !
Les ex^colons ne feront jamais des adeptes
parmi nous dans la science de Fesclavage 1 à c|U]i
persuaderont -ils que l'esclavage est uo bien?
Est-ce à nous qui en avons éptouvé toutes leS
horreurs ? Eh ! si leurs assenions étaient vraies ^
que ne se melleni-ils à liolre place « ils nous
C 94 ]
ccnvaincraîent bien mieux encore par des
exemples , que par des raisonnemens absurdes*
Je meKrais de côlë si l'on veut îe droit universel
que tous les hommes ont à la liberté.
Le peuple hajtien se trouve placé dans une
circonstance (out-àfait particulière , qi^i assure à
jamais la bonîë et la Jusdce de sa cause.
Le monde entier n'ignore pas que la France
républicaine proclama la //Z^er/^e dans celte île :
après avoir joui sous ses lois [)endant dix ans
de ce bienfaif, après avoir combattu et versé
notre sanr^ pour elle , et lui avoir donné des
preuves de 2è!e , de fi léliié et de reconnais-
sance pour les bienfaits f[ue nous en avions reçus ,
ces vils républicains, sans aucuns motifs cruei-
conques , voulurent nous ravir la liberté (ju'iis
nous avaient donnée , comme hi l'homme , en
butte aux caprices des tyrans , devait quitter oa
reprendre les chaînes de l'esclavage , suivant leurs
volontés ; ils ne se contentèrent pas d'employer la
force pour nous ramener sous ce joug abhorré ,
ils employèrent encore la ruse et le mensonge ;
tout fut mis en usage pour nous séduire et Mous
tromper ; i!s nous dibaieni que nous étions tous
frères et tous égaux devout Dieu et devant la
ï\épuhlique , tandis (ju'ils étaient veîius dar^sS lat
barbare et criminelle intention de nous txleimiLei'
ou ds nous rédiilrQ dans l'esclavage.
■■
r 95 }
Pleine de confiance dans leurs belles promesses j
la majeure partie de la population , se considërant
depuis long-temps comme française , se rendit sans
coup fërir, sans tirer un seul coup de fusil ; mais
bientôt nous fûmes étrangement désabuses; lors-
que les franç-ns se crurent les plus forts , iis com-
mencèrent à établir leur système de proscription 5
ils montrèrent leurs véritables intentions, et ils
proclamèrent hautement Fesclavage !
Mazères qui veut que Ton juge les afrîcaihs sur
les crimes qu'ils ont commis , pourra fixer soa
jugement sur ses compatriotes , par la faible
esquisse que je vais faire des crimes et des cruautés
de tous genres que les français ont exercés sus!
îious. O souvenir horrible ! qui remplit nos cœurs
des seotimens d'amertume , de haine et d©
vengeance !
Nous avons vu nos concitoyens , nos amis , nos
parens , nos frères , hommes , femmes , enfans «
vieillards , sans disûnction d'âge ni de sexe , traînés
aux derniers supplices par ces monstres : ceux-cî
expiraient dans les flammes des bûchers ; eeux-îà
attachés aux gibets servaie-iit de pâture aux oiseauiC
de proie ; les uns élaienr livrés aux chiens pour être
dévorés, les autres plus heureux périssaient sous
fes coups de poigiîard et de bayonnette : dans
T 9^ 1
tes places qnf» les Frarçcjïs ëvacuaîent des mîlîîers
d'hajiieii? qui avaient combattu avec t^ux , dans
lenis rangs , avaient îa crédulité de se coiiEer à
leur génërosiié ; ne voulant pas abandonner les
français dans leur détresse , ils les suivaient et
s'embarquaient à bord de leurs vaisseaux avec
leurs femmes , leurs enfans eî les effers qu'il»
avaient pu sauver du pillage ; mais à peine y
étaient ils que ces infortunés étaient chargés de
chaînes, précipités au fond de cale des vais-
seaux , pour être livrés aux plus affreux supplices.
Chaque soir , ces barbares faisaient monter sur le
pont quelques centaines de victimes ;]à , elles étaient
liées , garrottées et renfermées dans de grands
sacs , Ton y joignait souvent des enfans , et comme
si dans cet état unDieudevair venir à leur secours,
et les sauver ; elles éiaient poignardées au travers
des sacs avant d'être jetées à la mer , pour devenir
îa proie des monstres marins. D'autres fois ils
faisaient des mariages républicains à l'instar do
ceux de la Vendée , un homme et une femme
étaient attachés ensemble avec un bouIet-ramé
au cou , et ensuite précipités dans les abîmes de la
mer, aux acclamation^ et aux eris de joie de ces
monstres î des centaines de victimes enfermées
dans le fond de cale des bâtimens , périssaient
asphyxiées
C 97 1
aspîiyxîfes par les vapeurs da soufra; le Jou^
venait éclairer les crimes de la nuit ; nos rivages
couverts de cadavres de nos infortunes compa-
triotes nous attestaient les forfaits des français , el
étaient pour nous le précurseur du sort funeste
qui nous e'taît re'servéî
S'il fallait raconter toutes les injustices et toutes
les cruaute'sque les français ont exercées sur nous»
j'enflerais des volumes ; il me suffit de signalée
les principaux traits , mes lecteurs jugeront de là
manière barbare dont nous avons été traités.
Témoin oculaire et auriculaira des faits que |ô
rapporte , on ne peut douter de leur véracité.
Trois hommes devaient être brûlés vifs sur là
place Royale , du Gap^Henry ( alors Cap-Fran-
çais y Dès le matin ce bi^it cii'cule en ville ; uns
foule immense se rend sur la place pour voie
les appareils de cet horrible auto da-fé , les uns
attirés par une cruelle curiosité , les autres poun
se convaincre par leurs propres yeux jusqu'oà
pouvaient aller la barbarie et la cruauté de nos
tyrans. Je suivais ces dernier le cœur centriste
de faction horrible qui allait se passer. Arrivé
sur la place Royale , je vis deux poteaux plantés,
un ayant deux anneaux de fer, et l'autre u'ayang
qu'un seul anneau pour recevoir les cous des trois
m
-ïâM
^f^^f
98
J
Victimes; des tas de bois sont artîstement arran-
gés aulour des poteaux 9 on y met des copaux,
on y jette du goudron pour rendre la matière
plus inflammable , et le feu plus dclif et plus
violent. Tout le monde se place â l'entouc
du bûcher ; les uns ont la tête basse et n'osent
lever les yeux pour fixer ce terrible appareil ; les
autres [ les ex-colons et leurs acolytes J font écla-
ter leur joie* '
A trois heures de l'après-midi, le général fran-
çais Glaparède, commani^ant ia viiiedu Gap, se
rend sur la place Royale accompagné d'un nora-
breuxétat major. Les irois viciimes étaient placées
dans le corps^de- garde voisin, en attendant Theure
de leurs supplices ; Glaparède donne Tordre de
les conduiie au bûcher ; ils arrivent aux bruits
des lambours comme dans une marche triom-
phale. L'infâme Goiiet , capitaine de la gen-
darmerie les précède , la joie et la férocité sont
peintes sur son visage ; chacune des victimes a
une canne à sucre dans la main; elles sont placées
sur le bûcher et attachées aux poteaux par les
anneaux de fers 5 tout est prêt , le sacrifice va
se consommer ; un morne silence règne parmi
les spectateurs ; Glaparède ordonne de mettre le
feu au bûcher i à l'instant la flamme pétille , les
jjîeds des patients coaxnaencent à être embi'ôséi |
[ 99 1
on croit âé]k entendre leurs crîs ; on croît Îe9
voir se débattre dans ces hoiTibies tourmens ;
mais, ô courage stoïque ! ô iatrëpidiië rare î ils ne
remuent pas même les pieds; ils restent immo-
biles , les regards fixes, ils bravent leurs bour-
reaux et le feu qui les dévore ; bientôt ils sont
enveloppés par les flammes ; leurs corps S€i
fendent , la graisse coule sor le bûcher ; une
fumée épaisse s'élève avec une odeur de chaic
grillée ; Teffroi s'empare des spectateurs , leurs
cheveux s'hérissent , une sueur froide coule de
leurs corps , chacun foi et se disperse pénétré
d'horreur; un sentiment de haine et de vengeanca
s'élève dans le cœur de Fhajtien consterné ; les
bourreaux seuls restent sur la place, et ne se
retirent que lorsque leurs victimes sont entière*»
îïient réduites en cendres !
Pourrai-je donner à mes lecteurs une descrîptiooi
exacte do supplice de mes compatriotes qui ont
été dévorés par les chiens ; ma pîisme peu exercée 0
pourra- t-elle jamais peindre parfaitement un ta*^
bleau aussi horrible ? L'imagination et Fâm©
sensible de mes lecteurs suppléroot à mon défauS
d'éloquence et de moyens»
Les premiers hommes qui furent dévorés pai?
Î9S chiens Font été au Cap ^ au couvent des reii-
[ 10®
gueuses , et dans la maison du général français
Boyer, chef d'état-major de Rocliambeau !
Depuis, ils transposèrent le théâtre de celte
scène d'horreurs au Haut-du-Cap , sur rhabitatioii
Charrier ; on y avait conduit les dogues , et pour
îei^r donner du goût à dévorer les hommes » ils
étaient nourris de tempsà autres de chair humaine ;
lorsqu'ils avaient quelques victimes à faire dévorer,
c élaiï un jour de fête pour les bourreaux : Collet ,
î'orestier , Teissert , Laurent , Darac , commis-
saires de police de la ville du Cap ( tous français ,
tous ex-colons ) s'habillaient de leurs uniformes,
«et se revêtaient de leurs ëcharpes municipaux ,
pour se rendre sur les lieux, accompagnés d'une
foule de dogues bipèdes , curieux d'assister à
rhorrible curée des dogues çuadrupèdes , mille
fois moins féroces qu'eux.
Plusieurs jours d'avance , ils avaient eu Ja pré-
caution de faire jeûner les chiens , pour stimulée
leur faîm , de temps en temps on leur présentait
une victime , que l'on retirait aussitôt que les
chiens voulaient s'élancer dessus pour la dévorer;
anfin 5 le moment fatal arrive où quelques hommes
ou femmes vont leur être définitivement livrés ;
^es infortunés sont attachés à des poteaux, en
présence des commisiialres , pour les empêchée
4q pouvoir se Suuv2i' ni de se défendre»
BBB
[ loi ]
Les dogues sont lâchés ; ils se précipitent sul^
leurs proies ; dans un instant les victimes son!
déchiiëes , leur chair palpitante est en lambeaux g
leur sang ruisselle de toutes parts ; on n'entend plus
que les cris de la douleur et d'une horrible agonie |
les victimes aux abois implorent la pitié de ces
monstres; en vain ils demandent la mort comme
une dernière faveur , prières superflues ; rien ne
peut émouvoir le cœur de ces tigres, ils se sont dé-
pouillé de tous sentimens humains : aux accens
lamentables de leurs tristes victimes , ils ne répon-
dent que par un ris satdonique et ils continuent à
exciter les dogues à mieux dévorer leurs proies»
Cependant , la voix des victimes s'est éteinte , Ton
n'entend presque plus leurs gémissemens , et leurs
cadavres décharnés palpitent encore ; les dogues
haletans, sont lassés ; ils sont repus de chair et d©
sang humains : en vain les bourreaux les excitent
encore , ils refusent de continuer leur horrible
curée ; on les retire pour les faire rentrer dans
leurs repaires , et les monstres à figures humaines
achèvent d'ôter à coup de poignard le reste de
vie des infortunées victimes.
D'un bout de l'île à l'autre les mêmes cruautés
3e commettaient par les français.
Toussaint Louverlure s'était démis volontaire-
m^nt de son autorité et avait dépose Im aimes ^
;i
t ïoa 1
fetîW sur son habilalion , dëpoui!!^ de fouf e sa gran^
àem\ tel que ce romain célèbre, il culiivait de se»
mains celte même terre qu'il avait défendue [jar
ses armes; il nous engageait , par ses paroles et
son exemple, à Timiter, a travailler et à vivre
paisiblement au sein de nos familles. Contre la
foi des traités , les français Faltiresit dans un piëge;
il est arrêté , chargé de fers ; sa femme , ses enfatis »
sa (Emilie , ses officiers éprouvent son funeste çort.
Jetés à bord des vaisseaux français , ils vont en
Europe terminer leur malh^-ureuse carrièie , pas.»
le poison , dans les cachots et dans les fers \
Les généraux Jacques Maurepas et Charles
Béîair meurent dans les supplices : Maurepas
est cloué vivant sur le grand mat du vaisseau
î'Annibal , en présence de son épouse et de ses
cnfans ; son cadavre est (été à la mnr avec toute
sa famille : l'infortuné Bélair est fusillé avec son
intrépide épouGe ; cette hércine avant de mourir
îe console , l'exhorte à rimiier et à mourir en
brave : Thomany , Domage , Lamahoiière , une
foule d'officiers et de citoyens de marques éprou-
vent la mort des scélérats , sont pendus ; ceux qui
échappent à leurs fers assassins ou aux gibets >
Hiearent par le poison : les généraux Vi latte ^
J-iéveillé et Gaulard éprouvent ce funeste sort ;
,d autres soat dépends pour âice vendus à la Go'.e»»
■■
t io3 ]
Ferme ou en France où ils ont terminé leur caî^
tière dans les galères.
Lassés de tant de crimes et de forfaits , nous
courûmes aux armes; nous nous mesurâmes avec
nos bourreaux ; nous nous battîmes corps à corps»
homme pour homine , à coup de pierres et de
bâtons ferre's, pour conserver notre liberté, notre
existence , celles de nos femmes et de nos enfang.
Après avoir verse des flots de notre sang, con--
fondu avec celui de nos tyrans , nous restâmes
les maîtres du champ de batailie,
Qiie Mazères , ce colon féroce et de manvaîsa
foî , qui a été le témoin et un des instigateurs
des cruautés de tous genres, que ses compatriotes
ont exercées sur nous, les repasse dans son imagi-
nation ; qu il se rappelle combien de victimes
il a fait immoler ou qu'il a égorgées de ses
propres mains , alors il verra si nous avons des
droits à la liberté et à l'indépendance , que non©
avons conquises au prix de tant de sang et de
sacrifices î
Je suis bien éloigné de vooloîr coistester leg
droits que les autres peuples ont eu pour se rendr©
indépendans ; mais j'ose apurer , sans craini©
d'avoir le démenti , qu'aucun peuple n'a eu plus
de droit à (a liberté st à Findépendance îjue lô
peupla haïtien*
Wn
ïim
f
Soas quel point de vue que l'on voudrait con*
sîdërer cette grande et importante question , elle
sera toujours résolue en notre faveur ; soit que l'on
considère la situation déplorable où nous ëtiont
plongée sous Taffreux re'gime colonial ; soit que
Ion considère les circonstances qui nous ont
amenés à ia liberté , et de la liberté à l'indépen-
dance ; les injustices et les cruautés de tous genres
que nous avons éprouvées ; nos souffrances et nos
malheurs ; soit que Ton considère ia sagesse de
îiotre conduite depuis que nous sommes indépen-»-
dans, de nous elre donnés des lois, un gouverne-
ment stable et monarchique; d'avoir toujours vé-
cus en bons voisins avec les colonies de toutes les
puissances ; d'avoir constamment démontré par
notre conduite et par nos lois fondamentales, que
nous étions déterminés de ne jamais nous immis-
cer directement ni indirectement dans les affaires
hors de notre île ; de garder la plus parfaite neutra-
lité; de nous être occupes uniquement que de
notre prospérité intérieure , en faisant fleurie
Ï30tre agriculture et en protégeant le commerce ;
d'avoir fait tous nos efforts pour nous avancée
dans la civilisation, en introduisant parmi nous
les lumières , les sciences et les arts; soit que Ton
considère la vaste étendue des mers qui nous
sépare
t io5 y
«^pare de nos oppresseurs ; enfin , no^re sïfuatîOB
morale, politique et géographique tout nous donne
des droits înconresîables à Tindépendance, et pouc
nous ravir ce bien précieux, sans considérer l'in-
justice atroce et l'inhumanité qu'il y aurait dans
cette action , il faudrait pouvoir nous exterminée
jusqu'au dernier.
C'est sur des hommes qui ont donné tant de
preuves de sagesse, de vertu, d'énergie «t de
courage , que Mazère'. a osé imprimer les plus
plates inepties; c'est lui qui n'a pas eu honte
d'affirnder, « çue le nègre est un grand enfant
borné , léger ^ mobile , inconsidéré , nesentanô
avec force ni le plaisir ni la douleur ; sans
-prévoyance , sans ressort dans l'esprit ni dans
lame. ..... . insouciant comme tous les êtres
paresseux; le repos , le chant ^ les femmes et l/R
parure composent le cercle étroit de ses goûts s
Je ne dis pas de ses affections , car les affec*
tions proprement dites , sont trop fortes pour
une âme aussi molle y aussi peut réactive que
la siçnne. »
Je dis donc il fauî: être stupîde ou aveuglé par
ses passions pour avoir eu l'impudence d'écrire
de telles impostures î Si Mazères avait eu la
faculté de pouvoir réfléchir ^ il aurait senti qu'il
O
^ réduisait laî-même et les ex-coîons au demie»
échelloîi de la race humaine ; car enfin , ces
grands en/ans bornés , légers , ^ui n'ont de
ressort ni dans ï esprit ni dans l'âme , les ont
vaincus dans les conibats» les exëcrent et leur
vouent utie haine implacable ; et ils ont une dm&
autrement trempée, autrement forte que T^ï/^za de
fange et de boue des ex-colons ; ces imposteurs
auront beau inventer des calomnies pour atténuer
je mérite et la justiôe de notre cause , ils ne pour* '
rônt jamais détruire ce quia existé,, et ce qui
existe maintenant à Hajti ; leurs dénégations;
îîtensongèies n'empêcheront pas à la po^lérité de'
croire que nous les avons vaincus dans les com-
bats , et que malgré leurs efforts , nous sommes
parvenus à nous constituer en peuple civilisé #
libre et indépendant, -
^ C'est ainsi qu'il a l'impudence de soutenir qua
nous ne pourrons jamais introduire l'instruction
publi(|ué à Hajsi : et cela ( dit - il ) par uue
raison tiès-simp!e , parce qu'il ne se trouve pas
dans tout le royaume de Christophe ( d'Henry )
dix hommes en éiat de lire courramment ; qu'il
ne s'en trouve bien certainement d'assez instruis
pour comprendre le sens des mots tactique miU-.
taire , géographie ^ mathématique ^ fortifica^
pon ^ ctc.
C 107 3
tes grossières îmDOslures de Ma:?ères sont réFit^
tëes par le fait même , pau la situation rëelle du
royaume d*Hayri , et par nos propres œuvres g
nos génëranx , nos ingénieurs, nos ëcrîvaîns,
feront (oniours prêts à dc^montrer par des faits
positifs la fausseté des assertions de Mazères,
Lorsque les français jugeront à propos de venir se
mesurer avec nous , nos généraux leur donner
ront des preuves s'ils sont bons taccitiens ; ils trou-
veront ici , des Wellington , des Blucher et des
Plataw : nos redoutes et nos citadelles forraî-
dables , les convaincront que l'art de fortifier îe$
places , et les mathématiques ne sont pas étran-
gers aux ingénieurs haytiens ; nos écrivains»
nos poëies , leur prouveront aussi qu'ils savent
défendre leurs droits , célébrer et chanter la
gloire de la patrie et des grands hommes qui ont
su la défendre.
En attendant l'époque fortunée , oii nos
hommes de lettres pourront se dire letlrés , car
nous n'avons certainement pas les mêmes pré-^
tentions de M rzères ; lui qui soutient que nous
n'avons de ressort , ni dans l'esprit ni dans
T/ime, qui âffirsr*e que nous ne savons même pas
lire cuunamment ; il commence néaomoûîs par
entamer u^e discussion liîiéraire avec M, h comté
de Limonade , il itjouye dans quatorze ligues
':ë
f io8 ;ï
iTpîs lourdes fautes , deux expressions im^
propres , une expression dure , bizarre . pré-r
tentieuse et une espèce de pléonasme. Il est
dommage que je nç^ suis ^e^s un puriste comme
cei ex colon, je me serai donné la peine d©
disséquer son sljle , et j'aurai peut-êue pu lui de*
ïnontrei' combien il a de torts de vouloir pointiliec
avec nous sur- des mots. Mais , nous sommes très-
teureuxde voir que les ex-colons sont dëja rëdui^>s
à cette cruelle extrémité. Ne désespérons de rien ,
bientôt ils ne rougiront pas de honte d'entrer en
discussion avec des hommesà qui ils réfusaient l'in-
tellect , sur les questions les plus abstraites. O que
l'orgueil et les préjugés, aveuglent les hommes l
Comment ce sot de Mazères , n'a pu sentir que
ses grossières calomnies retournaient contre lui-
même , et que s'il est pardonnable de commettre
quelques fautes de langue , les fautes de bonç
sens sont inexcusables.
Emporté par la fougue de ses passions , Ma-
zères tombe dans un affreux délire; il divague,
îl déraisonne; il T jt un ^epvoche très^graK'e au
comte de Limonade, de s'être servi au figuré de
l'expression idole , pour exprimer l'attachement
qu'il porte à la famille royale, comme si c'était
un cvhne d'idolâtrer ses rois; certes, nous les
idolâùrons , sans être pour cela des idolâùr&St
•s.
BBB
Je conviens cependant , que l'id-e f^acîô^el^son
roi , doit-êtra ëlrans;e uour un français ; M. le
comte de Limonade po irrait répondre à Mazères,
comme ce philosophe scydie a cet a hé .ien qiii
l'avait insulté : Thonore mon pays par mes
^entimens , et toi tu fais la honte du tien,
A mesure que Mazères contemple nos progrès
dans la civilisation , sa rage s'augmenie ; dans
l'impuissance où il est de ne pouvoir se venger ,
se baigner encore dans notre sang , il exhale toutes
Ses fureurs par des injures les plus ignobles ; les
expressions les plus viles, les plus dégoûtantes,
échappent de la plume de cet homme qui se dit si
poli ; il n'a pas de honte d'employer les ëpiîhètes
de Jocrisse et de Paillasse de Henry IV, pouc
nous insulter , comme si cet insolent avait eu
besoin de chercher de si loin, des Jocrisses
et des Paillasses de Henry IV, lorsqu'il pouvait les
trouver à Paris, dans le sein de la même famille»
Je vais vous dire , lecteurs, la cause des fureurs
burlesques et des horribles convulsions de M*
Mazères ; il avait osé affirmer et imprimer* que
les noirs étaient incapables des grandes opéra-^
Lions de l'esprit ^ qu'ils étaient inférieurs aux
blancs , que c'étaient des grands enfans ,
légers , mobiles , inconsidérés , qui jiaK'aient
de ressort ni dans l esprit ni dans ïânie.
Ne voilà-t-il pas , que ces grands enfans s'rvi»
sent ds construire des cifadt-lles , d'édifier dos
palais , de rédiger des almanaohs , d avoir des
écrivains , des uoëies , des miirlstres et des
hommes d'état noîi's , quels malheurs î Quels
désappoiateuieus pour ua ex-colon I voilà let
1
'■ l^^ritablés causes des fureurs de cet e'nergiimène à
et qui ont valu tant d'injures et de soitibes à MM»,
de Sismondi et de Limonade.
Patience , M. Mazères, prenez patience »
iiiodërez votre colère, laissez nous le temps d'ëta^
blir comme il faut nos écoles nationales, sur le
plan et ia mélhode de Lancaster; laissez-nous
établir nos collèges, donnez-oous le temps de
former des hommes instruits dans les principes »
la langue et la lirtërarure des anglais ; car il
est bon que je vous informe , que nous voulons
renoncer jusqu'à l'usage de la langue française ;
nous pourrons vous donner à cette époque*, qui
n'est pas aussi éloignée que vous le pensez , quel-
ques productions de la littérature hayiienne , qui
vous convaincront encore bien mieux que l'a?ma-
nach royal, cjue les noirs ont du ressort dans Tes-,
prit et dans l'âme : mais alors que deviendrez-
vous ? je crains que ces prodnclions ne fassent
sur vous le même effet que la lêie de Méduse ,
puisque la vue d'un simple aîraanach vous fart
trépigner , vous donne des attaques de nerfs , et
vous fait tomber dans d'horribles convulsions;
je crains très fort , dis-je , tel qu'un démoniaqutî
vous ne tombiez d'abord dans l'épilepsie , et qu©
vous^ ne terminiez voire carrière ignominieuse
par rhjdrophobie !
Mazèœs profire de nos guerres civiles pour
calomnier le gouvernement du roi Henrj et le
peuple haïtien ; pour démontrer qup nous ncj
pouvons vivre en paix parmi nous mêmes, et que
nous nous égorgeons de nos propres mains , les.
€x-coioiis nciïs reprocheat leurs propres ouvrage^rj
tW eux et leurs complices qui font des vœ«:£
pour que ies hayliens s'entr'égorgent , et c'est
«ux qui ont rimpudence de nous calomnier ;
c'est comme pour la traite ♦ ils reprochent aux
africains les crim-^s qu'ils ont excités et qu'ils ont
payes ; nos dissensions civiles sont leurs propres
ouvrages , et ils s'en prévalent contre nous.
Q jel est cependant le langage des ex-colons ,
quand ils soat dans leurs entretiens secrets ,
quand ils reçoivent les nouvelles qu'une sanglant^
bataille s'est^ livrée entre les hayliens ! Laissez^
les faire , ^\%^Vi\.'A% ^ laissez-les bien se cha-
mailler ensemble; laissez-les s affaiblir d'eux'^
mêmes; à la fin nous aurons beau jeu; nous les
mettrons d'accord , en les exterminant les
uns et les autres.
Ex-oolons î n'est-ce point-là votre langage et
votre plan favori ; nous les connaissons; il faudrait
que nous fussions aveuglés ou bien les plus stupides
des hommes , si jamais nous devenions les ins-
trumans de vos projets destructeurs !
Mazères et les ex-colons auront beau inventée
des calomnies pour ternir les vertus et les bril"
jantes qualités du roi Henry , ils ne réussiront
Jamais; plus il est l'objet de leui* haine et de leurs
diatribes , plus nous l'aimons, plus il est grand à
nos yeux , il est toujours honorable d'être calom-
nié par des gens tels que les ex colons , qui n'ont
ni foi , ni loi , et qui ne se gouvernent que pair
leurs intérêts et les passions qui les subjuguent;
qu'ils réservent leurs louanges pour Pétion ; il est
digne de lui d'être encensé par de pareils raonslres î
jPourquoi cgnûiîuerai-je à réfuter les assertions
M
lîîerisongêres de Mazères , n'aî-je pas assez dît ■
pour le convaincre de calomnie ? N'ai-je pas suf-
fisamment prouvé que les noirs n'étaient pas in-
férieurs aux blancs , que leurs facultés sont
égales, lorsqu'ils ont les mômes avantages ? -
Je vais donc terminer ces réflexions que j'aî
entreprises avec beaucoup plus de zèle et de bonne
voîonrë , que de taîeris et de lumières ; j'ai souvent
senti mon infériorité [ non point celle que
m'attribue Mazères ] pour traiter une cause aussi
sublime que la mienne. Heureux si par mes
efforts j'ai pu dissipt^r les prévenions qui planent
stir nous depuis des siècles et contribuer au bon-
heur et à l'avancement de mes semblables !
Mazères défend la cause des ex- colons, de cette
caste d'hommes, dont le sjsîèine affreux et les
crimes inouis font frémir la nature; et moi la cause
que je défends est celle de 1 humanité entière.
Blancs , jaunes et noirs , nous sommes tous frères ,
tous enfans du père éternel, tous intéressés dans
celle cause : ô homme ! quelque soit la couleur de
ton épiderme ! quels que soient ta nation et fa reli-
gion que tu professes ! tu es intéressé au triomphe
des haytiens » à moins que tu n'ait étouffé tous les
sentimens de ju.vtice eî d'équité que Dieu a gravés
dans tous les cœurs ; lu ne peux mettre dans la
balance les intérêts dune caste d'hommes flétrisî
par les crimes, avec les iniérêts du genre humain i
PIN.
REFLEXIONS
Adressiées aux Haytîeris de partie
de POuest et du Sud , sur l'horrible
Assassinat du Général D E L V A R E ^
commis au Port --au* Prince ^ dans la
îiuit du 25 Décembre i§i5 ^ par les
ordres de PETION.
ANS la Galette Royale du 24 Mai* faî
rendu compte de l'assassinat de l'infortuné géné-
ral Delvare ; je me hâte aujourd'hui de jeter
quelques réflexions sur le papier, qui m ont été
suggétées par l'horreur que ralnspire ce crim©
abominable.
Le général Delvare, pour avoir émis fran-^
cheraent son opinion sur la nécessiié où les hay«
tiens étaient de terminer leurs dibsenîiorîs civiles,
fut accusé par Përion de conspiiation contre sa
personne , traduit en présence d'un conseil da
guerre et condamné à cinq années de détention.
Après avoir subi la peine qui lui avait été in-
tigée , le général PelVare ^ espérait d'être rendg
■■m